Publié par : reopen911 | février 18, 2008

« Vous êtes tous morts les gars »

Par Mike Whitney, le 16 février 2008

​​​​Jeudi, même les vieux observateurs de la Fed ont été pris de court par la performance du président Bernanke devant le Comité bancaire du Sénat. Bernanke était censé faire des observations de routine sur l’état de l’économie, mais, à la place, il a débité un sermon de 45 minutes, détaillant les calamités de l’effondrement du système financier. Un silence de tombe régnait à travers la Chambre du Sénat. La gravité de la situation commence enfin à être reconnue.

Bernanke ressemble plus à un prophète de l’Ancien Testament lisant un passage de l’Apocalypse [*] qu’à un patron de banque centrale. Mais, même sans silice, ce qu’il dit est vrai. Les maousses pertes d’investissement des banques les ont forcés à aller à la pêche à la cuiller au capital en Asie et au Moyen-Orient, juste pour rester à flot. Et, quand elles réussissent, elles sont obligées de payer des taux d’intérêt excessivement élevés. Le vrai coût du capital est faramineux. C’est pourquoi les banques protègent leurs liquidités et restreignent les nouveaux prêts. La plupart des banques ont aussi resserré les normes de prêt, ce qui ralentit l’émission de crédit et menace de pousser l’économie dans une profonde récession. Quand les banques resserrent la vis, l’ensemble de l’économie se ratatine. Il n’y a rien de plus simple : pas de crédit, pas de croissance. Le crédit est le lubrifiant qui permet à la locomotive capitaliste de se traîner. Quand il diminue, le système crisse jusqu’à se bloquer.

​​​​Pour la plupart, le pédant Bernanke avait l’air mal à l’aise. Mordant alternativement sa lèvre inférieure ou les yeux fixes sans expression, comme un homme qui vient de voir son caniche se faire écraser par un camion Mack. En l’occurrence, Bernanke a plein de soucis, lui aussi. La confiance du consommateur est tombée à un niveau jamais vu depuis la récession des années 70, l’immobilier s’est détaché du haut de la falaise, des feux de broussailles de crédit éclatent partout dans le monde, et le marché boursier continue à tressauter de façon désordonnée. Pas étonnant que le patron de la Fed ressemblait plus à un matelot du Lusitania qu’au tsar monétaire du pays le plus puissant de la Terre.

​​​​Les commentaires préparés par Bernanke étaient prononcés avec la solennité d’un prêtre célébrant les vêpres. Mais il était clair, contrairement à son prédécesseur, Greenspan, qui aimait parler en hiéroglyphes :

​​​​Comme vous le savez, les marchés financiers, aux États-Unis et dans un certain nombre d’autres pays industrialisés, ont été mis à rude épreuve depuis la fin de l’été dernier. Les préoccupations des investisseurs exacerbés par la qualité du crédit des prêts hypothécaires, surtout du prêt hypothécaire à haut risque à taux d’intérêt ajustable, ont déclenché des turbulences financières. Toutefois, d’autres facteurs, notamment un plus grande retenue dans la volonté des investisseurs à assumer des risques, des difficultés dans les évaluations complexes ou les produits financiers peu liquides, les incertitudes concernant l’expositions des grandes institutions financières à des pertes de crédit, et l’inquiétude sur les maigres perspectives économiques, ont aussi agité les marchés financiers ces derniers mois.

​​​​Oui, bien sûr. Les banques sont en mauvaise passe de leurs investissements dans le prêt à haut risque, tandis que l’Europe s’enfonce rapidement de 500 milliards de dollars en avoirs adossés à des ordures invendables. Le système entier est bouché par du papier à chiottes et la dégradation du nantissement. Des problèmes surgissent à présent dans la vente aux enchères et dans les obligations municipales, habituellement sûres. La totalité de la Tour de Babel financière se lézarde aux fondations.

​​​​Les banques des grandes places financières et les autres grandes institutions financières ont été l’objet d’importantes pressions pour prendre sur leurs propres feuille de bilan les actifs de certains moyens de placement hors bilan qu’elles avaient parrainés. Les feuilles de bilan des banque ont encore enflé, suite à la forte réduction des investisseurs prêts à acheter du crédit titrisé, ce qui a forcé les banques à conserver dans leurs propre portefeuille la plus substantielle part des nouveaux prêts déjà engagés. Les banques ont aussi rapporté d’importantes pertes, reflétant la baisse marquée du prix du marché du prêt hypothécaire et d’autres actifs qu’ils détiennent. Récemment, la détérioration de la situation financière de certains assureurs obligataires a conduit quelques banques d’affaires et d’investissement à accepter de nouveaux démarquages, ajoutant aux tensions des marchés financiers.

​​​​

« LE RISQUE DE BAISSE DE CROISSANCE S’EST ÉLEVÉ »

​​​​Toujours Bernanke :

​​​​Suite en partie à l’évolution des marchés financiers, les perspectives économiques se sont dégradées au cours des derniers mois, et le risque de dégradation de la croissance s’est élevé. À ce jour, les plus grands effets économiques de la crise financière semblent s’être reportés sur le marché du logement, qui, comme vous le savez, s’est considérablement détérioré au cours des deux dernières années. La quasi-fermeture du marché du prêt hypothécaire à haut risque et l’élargissement du différentiel des taux d’intérêts sur les grands prêts hypothécaires ont encore réduit la demande de logements, pendant que les saisies hypothécaires s’ajoutent à l’inventaire déjà élevé des maisons invendues. Des réductions supplémentaires dans la construction et dans les activités connexes sont vraisemblables….. L’état du marché du travail s’est aussi ramolli. L’emploi salarial, après avoir augmenté d’environ 95.000 postes par mois en moyenne au quatrième trimestre, a diminué d’un nombre estimé à 17.000 emplois en janvier. L’emploi dans le secteur de la construction et de la fabrication ont continué à chuter, tandis que le rythme des gains d’emplois dans l’industries des services a ralenti. Le marché du travail plus souples, ainsi que des facteurs dont l’augmentation des prix de l’énergie, la baisse du cours des actions et de la valeur de l’habitat, semblent susceptibles de peser sur les dépenses de consommation à court terme.

​​​​Donc, laissez-moi résumer. Les banques sont délabrées par l’énorme passif de leur prêt à haut risque. Le logement est dans le tank [NDT : ?]. L’industrie manufacturière est malade. Le prix de la nourriture et de l’énergie grimpe. Le chômage s’élève. Et les dépenses de consommation se raratinent à la taille d’un gland. Tout ce qui manque est un coup de trompette et l’arrivée des Quatre Cavaliers.

​​​​Comment se fait-il que l’autopsie de l’économie de Bernanke ne soit jamais passée dans les grands médias ? Y a-t-il quelque raison de nous cacher l’état réel de l’économie, à nous, le peuple ?

​​​​Bernanke continue :

​​​​Sur le front de l’inflation, un élément clef du développement au cours de la dernière année a été la forte hausse du prix du pétrole. L’année dernière, le prix des produits alimentaires a aussi augmenté extrêmement vite après les nouvelles normes, et la valeur de change du dollar a diminué. … L’inflation partant à la dérive ou la sape de la crédibilité de la lutte contre l’inflation de la Fed pourrait grandement compliquer la tâche de maintenir la stabilité des prix et réduire la politique de flexibilité de la banque centrale pour contrer dans l’avenir le déficit de croissance.

​​​​Bon, Donc, si la stratégie de réduction des taux de la Fed ne marche pas et si les difficultés économiques persistent (et les prix continuent à traverser le plafond), alors nous manquons vraiment de chance, parce que la Fed n’a plus de flèches dans son carquois. C’est la réduction des taux ou la mort. Super. Donc, nous pouvons nous attendre à ce que Bernanke taille peu à peu les taux jusqu’à ce qu’ils descendent à 1% ou moins (copiant le ralentissement au Japon) en espérant que l’économie montre des signes de vie avant qu’il faille deux brouettes remplies de billets verts pour acheter un litre de lait et quelques semences de patates.

​​​​Ça ressemble à un plan !

​​​​Nous ne blâmons pas Bernanke. Il a été remarquablement franc dès le début et il est digne d’éloges. Il est tout simplement abandonné avec la tâche ingrate de nettoyer l’océan d’encre rouge oublié par Greenspan. Ce n’est pas de sa faute. Il devrait être applaudi pour avoir dissipé les décennies d’illusion d’une nation pensant pouvoir imiter la voie de la prospérité et que l’endettement chronique est identique à la véritable richesse. Ça ne l’est pas, et la note est finalement arrivée à échéance.

​​​​Bien entendu, maintenant que l’orgie des faibles taux d’intérêt spéculatifs est terminée, il n’y a plus qu’à panser la souffrance de devoir oublier les patrimoines hyper-gonflés, de la baisse du prix des maisons, de la chute des marchés boursiers, de la hausse du chômage, et du retrécissement généralisé du crédit dans toute l’économie véritable. Ouille. Qui a dit que ça allait être facile ?

​​​​Résumé de Bernanke :

​​​​À l’heure actuelle, mes perspectives préliminaires supposent une période de croissance stagnante, suivie quelque peu d’un renforcement du rythme de croissance, qui débutera plus tard cette année quand le stimulus monétaire et budgétaire commencera à se faire sentir…. Il est important de reconnaître que le risque de baisse de croissance demeure, incluant la possible détérioration du marché du logement ou du marché du travail au-delà de ce qui est prévu actuellement, ou que les conditions de crédit puissent se resserrer considérablement plus.

​​​​(Explication de l’auteur) « Ne pas tenir compte de tout ce que j’ai dit ici aujourd’hui si l’économie crève, comme je m’attends vraiment à ce qu’elle le fasse, des décennies de mauvais contrôle et des innombrables milliards de dollars de magouilles à la Ponzi qui ont mis l’ensemble du système financier en grand risque de crise cardiaque. »

​​​​La franchise de Bernanke est admirable, mais elle n’aide guère les gens qui devront s’escrimer à travers les temps difficiles à venir. Peut-être que la prochaine fois, il pourrait nous épargner toutes les longueurs oratoires et juste envoyer un bref télégramme au Congrès, disant un truc du genre :

​​​​Nous sommes profondément désolés, mais nous avons complètement foutu en l’air votre économie avec nos entourloupettes monétaires. Vous êtes tous très profondément CENSURÉ. Préparez-vous au pire.

​​​​Nos regrets les plus sincères,

​​​​La Fed

Original : http://www.informationclearinghouse.info/article19365.htm
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info

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