Publié par : reopen911 | février 29, 2008

Chéri, j’ai rétréci la superpuissance

« La disparition de la Pax Americana dans le grand Moyen Orient provient en partie de la confiance excessive de Bush dans l’emploi de la force et de la menace. Mais elle est également le symptôme de transformations profondes d’origine économique : la montée en puissance de la Chine et de l’Inde, la renaissance de la Russie, l’élargissement soutenu de l’Europe, qui ont redéfini l’équilibre mondial des puissances. »

Par Tony Karon, Rootless Cosmopolitan, 18 février 2008

Barack Obama a récemment ironisé sur ce que selon lui Hillary Clinton propose réellement ; « un pont vers le 20e siècle, » faisant ainsi une référence insidieuse à la promesse de Bill Clinton en 1992 de “construire le pont vers le 21e siècle”,

Pourtant, un pont vers le siècle précédent semble bien être ce que tous les candidats majeurs proposent lorsqu’il promettent de restaurer la primauté et le leadership américain. Les Républicains promettent de restaurer la puissance américaine en restant dans la course en Irak, en menaçant l’Iran et en faisant céder le “terrorisme radical islamique”, que John McCain appelle “la question transcendante du 21ème siècle”.

Les démocrates envisagent de revenir 8 ans en arrière, en rétablissant la suprématie américaine post-guerre froide, simplement en adoptant un style plus sobre et consensuel. Le problème, alors que les expéditions hasardeuses de Bush ont accéléré le déclin de l’influence stratégique américaine, c’est qu’il y a peu de raison de croire que ce déclin puisse s’inverser avec l’arrivée d’un nouveau locataire dans le bureau ovale qui mène une politique soit semblable, soit moins rugueuse.

Le film de gangster Miller’s Crossing proposait une réflexion profonde sur la nature du pouvoir avec l’avertissement d’un second couteau à son patron : “vous ne dirigez cette ville que parce que les gens pensent que vous la dirigez.” Les erreurs catastrophiques de Bush ont révélé par inadvertance les limites du pouvoir US, rendant tout-à-fait clair aux amis et ennemis que Washington n’est plus aux commandes.

Ce n’est nulle part plus évident qu’au Moyen-orient, où la plupart des efforts de l’administration Bush se sont concentrés. Les USA demeurent dans l’immédiat embourbés en Irak, les renforts de troupes récents – le « surge » – mobilisant la capacité maximale de combat disponible de son armée, ont obtenu quelques résultats tactiques mais échoué à résoudre le conflit politique qui nourrit la violence. D’autres pays désignés comme des « méchants », tels que la Syrie et en particulier l’Iran, ont de fait accru leur force et leur influence après l’invasion irakienne supposée les intimider et les conduire à capituler. Téhéran a ignoré les efforts américains pour faire pression sur son programme nucléaire, aidé en cela par le besoin qu’ont les USA de leur bonne volonté en Irak et également par la montée en puissance des acteurs non-occidentaux, notamment la Chine et la Russie, en tant que partenaires économiques et géopolitiques.

Bush a échoué à vaincre le Hezbollah et l’influence syrienne au Liban, et ses efforts pour marginaliser le Hamas de la politique palestinienne se sont aussi manifestement embourbés.

Ces insuccès, ainsi que d’autres échecs ont démontré, même à des alliés de longue date dans la région comme la Turquie et l’Arabie Saoudite, que Washington pour le moment n’a ni les muscles, ni la vision pour sécuriser leurs intérêts communs, les incitant tous les deux à refuser la politique américaine qu’ils considèrent impraticable, comme les efforts pour isoler l’Iran et le Hamas.

(JPG)

Le tableau n’est pas plus encourageant sur les autres fronts de la “guerre contre la terreur” de Bush. L’Afghanistan – six ans après que les USA aient défait le régime taliban, est un état défaillant dont l’opium est le principal produit d’exportation, et où les talibans opèrent maintenant ouvertement dans plus de la moitié du pays. Le retour des talibans est possible grâce au sanctuaire dont ils profitent au Pakistan dont le commandant militaire, le Général Pervez Musharraf, s’est rendu maître dans l’art de narguer Washington, même s’il se proclame un allié vital contre le terrorisme. (Peu importe ses manipulations politiques, Musharraf ne permettra même pas aux américains d’interroger A.Q. Khan, le scientifique qui a fourni la technologie de l’arme nucléaire à tout va).

La disparition de la Pax Americana dans le grand Moyen Orient résulte en partie de la confiance excessive de Bush dans l’emploi de la force et de la menace. Mais elle est également le symptôme de transformations profondes d’origine économique : la montée en puissance de la Chine et de l’Inde, la renaissance de la Russie, l’élargissement soutenu de l’Europe, qui ont redéfini l’équilibre mondial des puissances.

Au regard de ce contexte plus large, la position de McCain affirmant que le radicalisme islamiste est le “problème transcendant du 21ème siècle” montre à quel point Washington s’est égaré – jusqu’à l’obsession – avec la provocation du 11 septembre. John Kerry a peut-être été un candidat présidentiel médiocre, il avait pourtant raison à propos du terrorisme : “nous devons revenir à la considération que les terroristes ne sont pas le centre de nos vies, qu’ils sont une nuisance,” disait-il lors de la campagne en 2004. Tout comme le crime organisé, disait-il, le terrorisme ne peut être éliminé, mais le défi est de le maintenir à un niveau où “il n’est pas une composante menaçante de notre vie”.

La “guerre contre la terreur” comme Kerry semblait l’avoir compris dans cette déclaration trop décriée et rapidement désavouée, a distrait la classe politique américaine de la reconnaissance de l’impact des changements profonds dans l’ordre mondial. Mais même en menant cette guerre contre les challengers islamistes radicales, le déclin relatif de la puissance américaine est sans ambiguïté. Agir de façon créative dans les limites de cette contrainte sera le défi auquel le prochain président devra répondre.

Tony Karon est journaliste au Time magazine.


Publication originale Rootless Cosmopolitan, traduction NS pour Contre Info

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :