Publié par : reopen911 | mars 6, 2008

Plus de 60 000 anciens combattants américains souffrent du Stress Post Traumatique

Les associations d’anciens combattants US portent plainte contre l’administration en charge des vétérans qui laisse sans soins ni soutien ces hommes brisés par la violence des scènes dont ils ont été les acteurs ou les témoins. Aux USA, parmi les sans abris, on trouve des centaines de milliers d’anciens soldats du Vietnam. Les guerres de l’administration Bush auront provoqué un effroyable désastre humain sur les champs de bataille, mais aussi dans cette génération perdue qui hantera l’Amérique durant des décennies.

Par Jason Leopold, Online Journal, 6 mars 2008

Jonathan Schulze avait été décoré deux fois de la Purple Heart en 2005, à la suite d’une longue période de déploiement en Irak.

Mais ce vétéran du corps des Marine ne parvenait à chasser de son esprit le souvenir de la guerre.

La drogue et l’alcool lui ont permis d’oublier pour un temps la douleur. Pourtant, le sentiment de culpabilité qu’il éprouvait pour avoir survécu aux combats, comme quelques camarades de son unité, ne le quittait pas.

M. Schulze était devenu suicidaire.

Le 11 janvier 2007, il a demandé à bénéficier d’un traitement pour trouble de stress post-traumatique (PTSD). Ses parents l’ont conduit à l’hôpital des anciens combattants de St. Cloud, dans le Minnesota.

M. Schulze a alors confessé qu’il se « sentait suicidaire », se rappelle sa mère, Marianne Schulze.

L’hôpital ne l’a pas admis dans ses services. On lui a dit de rappeler le lendemain, ce qu’il a fait. Il s’est vu attribuer le numéro 26 sur une liste d’attente. Les fonctionnaires de l’administration des anciens combattants (VA , Veteran Administration) lui ont dit qu’il lui faudrait attendre au moins deux semaines pour être admis. Il y avait semble-t-il sur cette liste d’autres vétérans des guerres d’ Irak et d’Afghanistan, qui souffraient également du PTSD. On ne sait si ils ont connu le même sort.

Le 16 janvier 2007, M. Schulze a disposé près de lui une photo de sa petite fille âgée d’un an. Puis il a enroulé un câble électrique autour de son cou et s’est pendu dans le sous-sol de la maison d’un ami à New Prague, Minnesota. Il avait 25 ans.

Cette semaine, l’histoire du soldat Schulze a été relatée à nouveau durant les audiences du tribunal fédéral de San Francisco pour apporter la preuve de l’échec généralisé de la VA à traiter les dizaines de milliers d’anciens soldats d’Irak et d’Afghanistan qui sont atteints par le PTSD.

Les avocats de deux associations de défense des vétérans espèrent convaincre le juge que la plainte déposée l’an dernier contre le ministère des anciens combattants ainsi que contre plusieurs responsables gouvernementaux devrait recevoir la qualification de « class action ». Par leur action, les associations Veterans for Common Sense et Veterans United for Truth, qui représentent environ 12000 anciens combattants, affirment que les soldats revenus d’Irak et d’Afghanistan continuent de mourir dans l’attente d’un traitement pour les PTSD de la part d’une administration qui fait face à au moins un demi million de dossiers de demande d’invalidité. Les deux associations demandent au juge Samuel Conti de prononcer une injonction contraignant la VA à prendre en charge immédiatement le traitement des soldats qui présentent les symptômes du PTSD et présentent des risques de pulsion suicidaire.

Le PTSD est un trouble psychiatrique qui peut se développer chez une personne qui a été témoin, ou a été confrontée à un événement traumatisant. C’est dit-on, le plus répandu des troubles mentaux résultant du combat. Selon la plainte déposée par les associations, « plus qu’aucun conflit précédent, les guerres en Irak et en Afghanistan sont susceptibles de produire un pourcentage élevé d’hommes souffrant du PTSD, » en raison de l’exposition aux attentats à l’aide d’explosifs improvisés, des rotations multiples, du trouble provoqué par des combats contre des adversaires habillés en civils, et enfin par l’utilisation de membres de la Garde nationale et de réservistes.

Dans leur plainte, les avocats affirment que de nombreuses pratiques de la VA découlant d’une loi de 1998 violent les droits constitutionnels et légaux des anciens combattants souffrant du PTSD en les privant des soins médicaux auxquels ils ont légalement droit.

« À cause de ces échecs, des centaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont subi de douloureuses blessures durant les combats des guerres en cours en Irak et en Afghanistan sont abandonnés », affirme la plainte déposée devant le tribunal du Nord de la Californie. « A moins que des mesures draconiennes et généralisées ne soient mises en place immédiatement, le tribut payé par ces anciens combattants, leurs familles et notre pays seront incalculables, avec des familles brisées, une nouvelle génération d’anciens soldats devenus chômeurs et sans-abri, l’augmentation de la consommation de drogues et de l’alcoolisme, et un fardeau écrasant pesant sur le système de prestation des soins et les autres services sociaux dans nos collectivités. »

Les avocats de l’administration des anciens combattants ont fait valoir devant le tribunal que les vétérans d’Irak et l’Afghanistan n’avaient pas droit aux cinq années de gratuité des soins de santé à leur retour des combats comme le prescrit la loi pour la « Dignité des Combattants Blessés » votée par le Congrès. Ils ont affirmé au contraire que le traitement médical dont pouvaient bénéficier les vétérans était établi de façon discrétionnaire en fonction du budget de l’administration.

Le deuxième jour des dépositions devant le juge Conti, lors du contre-interrogatoire mené les avocats des plaignants le Dr Gerald Cross, le sous Secrétaire de la Veterans Health Administration, a fait une étonnante révélation qui semble être en contradiction avec la position de l’administration.

Cross a d’une part reconnu que les vétérans de l’Irak et l’Afghanistan auraient droit à la gratuité des soins de santé, « il n’y a pas de frais à la charge des patients », a-t-il déclaré.

Mais peut-être plus surprenant encore, Cross a témoigné que sur les 300 000 vétérans de la guerre en Irak et en Afghanistan traités dans les hôpitaux de la VA, plus de la moitié avaient été diagnostiqués comme présentant des troubles mentaux graves, et parmi eux, 68 000 étaient des cas de PTSD.

C’est la première fois qu’un membre de l’administration Bush fournit des informations détaillées sur l’impact psychologique des guerres actuelles sur les anciens combattants. Cross a admis que, cinq ans après l’invasion de l’Irak, la VA n’avait toujours pas mené à bien une étude sur le lien entre les suicides et le PTSD chez les anciens combattants. Il a cependant précisé qu’une telle étude est en cours et pourrait être publiée prochainement.

Paul Sullivan, le directeur exécutif de Veterans for Common Sense, a affirmé que plus de 5000 anciens combattants se suicident par an.

Le Dr Arthur Blank, un expert de renom dans le domaine du PTSD qui a travaillé en étroite collaboration avec la VA, a déclaré que près de 30% des vétérans d’Irak sont susceptibles de souffrir du PTSD en raison de leurs multiples déploiements. Il estime que la VA ne fait pas assez pour s’occuper d’eux.

« Je crois que c’est à cause de ces déploiements multiples, qui impliquent que l’on est exposé aux traumatismes, encore et encore », a témoigné le Dr Blank.

La semaine dernière, Daniel Cooper, responsable de l’octroi de prestations dans la VA, qui est cité par la défense dans ce procès, a brusquement démissionné. L’association de M. Sullivan avait appelé à sa démission il y a deux semaines, en raison de l’énorme arriéré de dossiers de demandes de prestations qui doivent encore être traitées par le département de M. Cooper.

En août dernier, l’inspecteur général du Pentagone avait révélé que M. Cooper avait utilisé ses fonctions pour promouvoir le travail d’une organisation chrétienne fondamentaliste, en violation des lois régissant la séparation de l’Eglise et l’Etat.

M. Cooper, ainsi que plusieurs militaires de haut rang, apparaissent dans une vidéo promotionnelle pour la Christian Ambassy, une organisation évangélique qui fait du prosélytisme auprès des membres de l’armée et des hommes politiques à Washington, en organisant des lectures bibliques quotidiennes et des événements ponctuels. Tous les mercredi, le groupe organise au Pentagone une prière à l’heure du petit déjeuner dans la salle à manger de la direction, si l’on en croit le site Web de l’organisation.

Mikey Weinstein, le président fondateur de The Military Religious Freedom Foundation, qui a demandé l’ouverture d’une enquête fédérale après la découverte de la participation de responsables gouvernementaux à cette vidéo promotionnelle juge que M. Cooper est « scandaleux ».

« Le D de Daniel est synonyme de disgrâce, de honte, » a martelé M. Weinstein lors d’une interview. « C’est une honte pour l’United States Naval Academy, L’US Navy, les forces armées américaines, l’Administration des anciens combattants, et les États-Unis d’Amérique. Pourquoi ? Parce que nous le voyons sur cette bande vidéo ce qui rend très clair pour le monde que la part la plus importante de son action consistait à promouvoir l’agenda de la droite chrétienne fondamentaliste au détriment de ses fonctions à l’Administration des anciens combattants. Dan Cooper a utilisé la Constitution des Etats-Unis comme un rouleau de papier toilette. Je lui souhaite d’avoir autant de chance que celles qu’il a offertes à nos nobles et honorables vétérans : c’est-à-dire aucune.

Jason Leopold est l’auteur de l’ouvrage « News Junkie ». Il a également été couronné en deux occasions par le prix Project Censored, la dernière fois en 2007, pour son travail d’investigation journalistique sur les agissements d’ Halliburton en Iran.


Publication originale Online Journal, traduction Contre Info

Illustration : James Blake Miller, photographié durant les combats de Falloujah. Un temps utilisé comme icone par l’armée américaine, James Miller souffre aujourd’hui de cauchemards récurrents et de profonds troubles mentaux. Lire : LA Times, Two lives blurred together by a photo

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