Publié par : reopen911 | mars 7, 2008

Opinion : Bruit de bottes et rideau de fumée en Amérique latine, par Jean-Luc Mélenchon

La crise andine a un « arrière plan non dit », note M. Mélenchon, c’est le « conflit frontalier sur le partage du golfe de Maracaïbo qui compte beaucoup de pétrole offshore. » La personnalité de M. Uribe, l’allié de Washington, soulève également des interrogations. « En 1991, un rapport officiel du Pentagone américain classait Uribe parmi la centaine de personnalités directement impliquées dans le soutien au narcotrafic en Colombie, » nous rappelle-t-il.

Jean-Luc Mélenchon, 5 mars 2008

Le président colombien, Alvaro Uribe, essaie de détourner l’attention du cœur de l’affaire : la violation par l’armée colombienne du territoire équatorien.

Ce n’est pas une première. Les paramilitaires colombiens entrent au Venezuela assez régulièrement. Avec le lancement du « Plan Colombie », la Colombie est devenue coutumière des incursions militaires chez ses voisins. Notamment via les groupes militaires conjoints avec les Etats-Unis. Ces incursions se sont multipliées, officiellement au nom de la lutte anti-drogue. Une couverture facile pour la répression politique ou les opérations purement militaires.

Mais surtout il y a le contexte, l’arrière plan non dit. Colombie et Venezuela sont aussi en conflit frontalier sur le partage du golfe de Maracaïbo qui compte beaucoup de pétrole offshore. Les provocations d’Alvaro Uribe permettent de préparer une utile diabolisation de Chavez avant d’éventuels conflits publics à ce sujet. L’annonce par Bush de son soutien total (brrrr !) à la « démocratie colombienne » est ainsi tout un programme. Supposons que ce soit en haine du Venezuela.

Mais pourquoi ne rien dire du fait que l’Equateur, victime de l’intrusion militaire colombienne, est aussi une démocratie ! Enfin notons ce qu’il en est de cette démocratie colombienne ! Uribe est élu à chaque fois à la faveur d’un climat de terreur qui conduit la majorité de la population à ne pas voter : 56 % d’abstention à la présidentielle de 2006 où il l’a emporté avec 62 % des suffrages.

Petite mention spéciale : Alvaro Uribe n’a pas hésité à faire modifier la constitution en 2004 pour pouvoir être réélu président en 2006 ! Cette possibilité de réélection indéfinie était jusque là exclue dans la constitution colombienne de 1991. Personne n’a rien trouvé à y redire aux Etats-Unis.

Pourtant une proposition similaire a été violemment dénoncée chez Chavez et par nos robots médiatiques européens. Il est frappant de le voir dénoncer Chavez pour financement de la guérilla et autre sornettes douces aux oreilles des USA. La Colombie n’a evidemment pour l’instant apporté aucune preuve des accusations sensationnelles contre le Venezuela et l’Equateur.

En matière de financements illicites ou douteux, le président Uribe ferait mieux d’être discret. En 1991, un rapport officiel du Pentagone américain (rapport du Defense Intelligence Agency publié par l’hebdo NewsWeek en août 2004) classait Uribe parmi la centaine de personnalités directement impliquées dans le soutien au narcotrafic en Colombie.

En tant que maire puis gouverneur puis sénateur de Medellin, il était alors décrit par les Etats-Unis comme un « Politicien et sénateur spécialisé [dedicated] dans la collaboration avec le Cartel de Medellin dans les plus hauts niveaux gouvernementaux », « ami proche » du célèbre parrain de la drogue Pablo Escobar.Le même rapport américain précisait au passage que, loin de la légende familiale de persécution par les FARC qu’Uribe reprend systématiquement, son père, Alfredo Uribe, a été « assassiné pour ses liens avec les narcotrafiquants ».

Alvarado Uribe a obtenu que les Etats-Unis passent l’éponge en contrepartie d’un soutien indéfectible de la Colombie à leur politique impériale dans la région. Ce n’est pas tout. Comme gouverneur de Medellin, Uribe a aussi directement soutenu la mise en place des réseaux paramilitaires (Autodéfenses Unies de Colombie) qui terrorisent le pays. Il a contribué au climat d’impunité dont ils jouissent.

A Medellin puis au Sénat, il est devenu un spécialiste des « techniques de gestion des conflits », notamment par la militarisation des populations civiles et le développement de la délation. Il a notamment soutenu le général « pacificateur », Rito Alejo del Río, commandant de la 17e Brigade, qui s’est illustrée par de multiples exactions et massacres de masse.

Voila ce qu’est la figure de proue de la « démocratie colombienne » ! Où peut-on le lire ou l’entendre ? Reste le résultat. L’assassinat du numéro 2 des FARC Raul Reyes fragilise les possibilités de libération des otages. Dont Ingrid Bettancourt. Alvarado Uribe manipule l’opinion internationale. Faut-il l’aider en laissant dire ?


Publication originale Jean-Luc Mélenchon

Illustration : Alvaro Uribe et George Bush

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