Publié par : reopen911 | mars 19, 2008

L’effondrement de la puissance étasunienne



L'effondrement de la puissance étasunienne

 

Par Paul Craig Roberts, le 18 mars 2008

​​​​Dans son célèbre ouvrage, The Collapse of British Power (1972) (L’effondrement de la puissance britannique), Correlli Barnett rapporte que, dans les premiers jours de la Seconde Guerre Mondiale, la Grande-Bretagne avait seulement assez d’or et de devises pour financer les dépenses de quelques mois de guerre. Les Britanniques se sont tournés vers les Étasuniens pour financer leur capacité à faire la guerre. Barnett écrit que cette dépendance marquait la fin de la puissance britannique.

​​​​Depuis leur commencement, les guerres des États-Unis au 21ème siècle contre l’Afghanistan et l’Iraq étaient des guerres non budgétisées, financées par les étrangers, principalement les Chinois et les Japonais, qui achètent les obligations du Trésor étasunien que le gouvernement émet pour financer son budget à découvert.

​​​​L’administration Bush prévoit un déficit budgétaire fédéral de 410 milliards de dollars pour l’année en cours. Cela indique que, comme leur taux d’épargne tourne autour de zéro, les États-Unis ne sont pas seulement tributaires du financement étranger pour leurs guerres et pour une partie des dépenses intérieures du gouvernement. L’emprunt à l’étranger paye les salaires du gouvernement, peut-être celui du Président lui-même, ou le financement des dépenses des différents ministères. Financièrement, les États-Unis ne sont pas un pays indépendant.

​​​​Les 410 milliards de dollars de déficit prévus par l’administration Bush sont basés sur l’hypothèse irréaliste d’une croissance de 2,7% du PIB en 2008, alors qu’en réalité l’économie est tombé dans une récession qui pourrait être grave. S’il n’y a pas 2,7%de croissance, le déficit réel dépassera considérablement les 410 milliards.

​​​​Tout comme le budget du gouvernement en pleine déroute, il en est de même du dollar, dont la valeur continue à baisser par rapport aux autres devises. Le dollar est sous pression non seulement des déficits budgétaires, mais aussi du très important déficit commercial et de la probabilité d’inflation due aux efforts de la Réserve Fédérale pour stabiliser le système financier très troublé avec de grandes injections de liquidités.

​​​​Une monnaie et un système financier en perdition avec un grand déficit budgétaire et commercial ne présentent pas un aspect attractif pour les créanciers. Pourtant, dans son orgueil démesuré Washington semble croire pouvoir toujours compter sur les Chinois, les Japonais et les Saoudiens pour financer le train de vie au-delà de leurs moyens des États-Unis. Imaginez le choc quand arrivera le jour où la mise aux enchères de titres de nouvelles dettes du Trésor étasunien ne seront pas entièrement souscrits.

​​​​Les États-Unis ont dilapidé 500 milliards de dollars dans une guerre qui ne sert pas leurs objectifs. De plus, ces 500 milliards de dollars ne sont que les coûts des frais. Ils n’incluent pas le remplacement du matériel détruit, les soins futurs pour les anciens combattants, l’intérêt des emprunts qui ont financé la guerre, ou la perte de PIB due au détournement des maigres ressources dans la guerre. Des experts, ne faisant pas partie de la machine que fait tourner le gouvernement, évaluent à 3 billions de dollars le coût de la guerre en Irak.

​​​​Le candidat républicain à la présidence a déclaré qu’il serait content de continuer la guerre pendant 100 ans. Avec quelles ressources ? Quand les créanciers des États-Unis considèrent notre comportement ils voient l’irresponsabilité budgétaire totale. Ils voient un pays se faisant des illusions, qui agit comme si c’était un privilège pour les étrangers de lui prêter de l’argent, un pays illusionné qui croit que les étrangers continueront à accumuler ses dettes jusqu’à la fin des temps.

​​​​Le fait est que les États-Unis sont en faillite. Dans son rapport au Congrès du 17 décembre 2007 sur l’états financier du gouvernement, David M. Walker, Contrôleur Général des États-Unis et patron du Government Accountability Office (GAO, textuellement, bureau de la responsabilité gouvernementale), a noté que « le gouvernement fédéral n’a pas gardé effectif le contrôle interne sur les comptes-rendus financiers (notamment sur la sauvegarde des avoirs) et sur la conformité avec les lois et les règlements importants à compter du 30 septembre 2007. » En langage courant, le gouvernement ne peut pas passer d’audit [les comptes ne peuvent plus être vérifiés à cause du désordre dû à l’irrespect des règlements, NDT].

​​​​De plus, le rapport du GAO a fait remarquer que les dettes accumulées du gouvernement fédéral « ont totalisé environ 53 billions de dollars au 30 septembre 2007. » Aucun fond n’a été mis de côté pour ces dettes qui laissent rêveur.

​​​​Juste pour que le lecteur comprenne, 53 billions représentent 53 mille milliards [soit 176.666 dollars pour chacun des 300 millions d’Étasuniens, NDT].

​​​​Déçu de parler à un sourd, Walker a récemment démissionné de son poste de patron du Government Accountability Office.

​​​​À compter du 17 mars 2008, un franc suisse vaut plus de 1 dollar. En 1970, le taux de change était de 4,2 francs suisses pour un dollar. En 1970, 1 dollar achetait 360 yens japonais. Aujourd’hui 1 dollar achète moins de 100 yens.

​​​​Si vous étiez créancier, voudriez-vous détenir une dette dans une monnaie qui a d’aussi piètres performances par rapport à la monnaie d’un petit pays insulaire qui a été vaincu et atomisé durant la Seconde Guerre Mondiale, ou par rapport à celle d’un petit pays enclavé européen qui s’accroche à son indépendance et n’est pas membre de l’UE ?

​​​​Voudriez-vous détenir la dette d’un pays dont les importations dépassent la production industrielle ? Selon les dernières statistiques sur les États-Unis, comme l’a signalé le numéro du 28 février de Manufacturing and Technology News, en 2007 les importations atteignaient 14 pour cent du PIB et la fabrication en constituait 12 pour cent. Un pays dont les importations dépassent la production industrielle ne peut pas clôturer le déficit de sa balance commerciale en exportant davantage.

​​​​La valeur du dollar s’est même effondrée face à l’euro, la monnaie d’un pays imaginaire, qui n’existe pas : l’Union Européenne. La France, l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre et les autres membres de l’UE continuent à exister en tant que nations souveraines. L’Angleterre conserve même sa propre monnaie. Pourtant, l’euro atteint chaque jour de nouveaux sommets par rapport au dollar.

​​​​Récemment, Noam Chomsky écrivait que les États-Unis pensaient posséder le monde. C’est à coup sûr le point de vue de l’administration Bush néo-conservatrice. Mais le fait est qu’en la matière les États-Unis sont redevables envers le monde. La « superpuissance » étasunienne ne peut même pas financer son propre fonctionnement, et encore moins ses guerres gratuites, sauf grâce à la gentillesse des étrangers qui prêtent de l’argent qui ne pourra pas être remboursé.

​​​​Les États-Unis ne pourront jamais rembourser leurs emprunts. Leur économie est dévastée par la délocalisation, par la concurrence étrangère, et par l’importation d’étrangers avec des visas de travail, alors qu’ils tiennent une idéologie libre-échangiste qui bénéficie aux gros bonnets corporatifs et aux actionnaires au détriment des travailleurs. Le dollar fait fiasco dans son rôle de monnaie de réserve et il sera bientôt abandonné.

​​​​Quand le dollar ne sera plus la monnaie de réserve, les États-Unis seront incapables de payer leurs factures en empruntant encore aux étrangers.

​​​​Je me demande parfois si la « superpuissance » en banqueroute sera capable de réunir les ressources pour rapatrier ses troupes stationnées dans des centaines de bases à l’étranger, ou si elle va tout bonnement les abandonner.

​​​​Paul Craig Roberts fut Assistant du Ministre des Finances durant le premier mandat du Président Reagan. Il a été rédacteur adjoint au Wall Street Journal. Il a tenu de nombreuses postes universitaires, dont une Chaire de professeur à la Fondation William E. Simon, au Center for Strategic International Studies, à l’Université de Georgetown, et a été Chargé de Recherche Supérieur à la Hoover Institution et à l’Université de Stanford. Il a été décoré de la Légion d’Honneur par le Président français François Mitterrand. Il est auteur de Supply-Side Revolution : An Insider’s Account of Policymaking in Washington, de Alienation and the Soviet Economy et de Meltdown: Inside the Soviet Economy, et est coauteur avec Lawrence M. Stratton de The Tyranny of Good Intentions : How Prosecutors and Bureaucrats Are Trampling the Constitution in the Name of Justice. Lire (en anglais) l’interview de Roberts avec Peter Brimelow de Forbes Magazine, au sujet de la récente épidémie de fautes professionnelles chez les procureurs.

Original : http://www.vdare.com/roberts/080318_collapse.htm
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info


Mercredi 19 Mars 2008
Paul Craig Roberts
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