Publié par : reopen911 | juillet 18, 2008

Sauvetage de géants du refinancement hypothécaire : les politiques de la ploutocratie américaine

Pour la deuxième fois en quatre mois, le gouvernement américain est intervenu pour renflouer d’importantes firmes financières et ainsi empêcher l’effondrement imminent du système bancaire américain et mondial.

Par Barry Grey

Le sauvetage gouvernemental des deux géants du refinancement hypothécaire, Fannie Mae et Freddie Mac, annoncé dimanche va bien plus loin que l’injection de 29 milliards $ de fonds par la Réserve fédérale (la Fed) pour subventionner le rachat de Bear Stearns par JPMorgan Chase en mars dernier.

Cela ne fait pas que démontrer l’ampleur de la crise économique du capitalisme américain, c’est aussi un parfait exemple des véritables relations de pouvoir et d’influence politiques derrière la façade de la démocratie américaine.

Le plan présenté par le secrétaire américain au Trésor Henry Paulson lui donnerait pratiquement le droit illimité et unilatéral d’injecter de dizaines de milliards de dollars de fonds publics dans les compagnies de financement hypothécaire. Au même moment, la direction de la Réserve fédérale annonçait qu’elle permettrait aux compagnies d’emprunter directement de la Fed.

La plupart reconnaissent qu’un effondrement des deux géants du financement hypothécaire établis par le gouvernement aurait eu des conséquences encore plus cataclysmiques que celles qui auraient probablement suivi un effondrement de Bear Stearns. À eux deux, Fannie Mae et Freddie Mac, qui achètent des prêts hypothécaires à des banques et autres prêteurs et les revendent à des institutions financières et de gros investisseurs à travers le monde sous forme de titres, détiennent ou garantissent plus de 5000 milliards $ de créances hypothécaires. Ils sont responsables actuellement d’environ 80 pour cent de toutes les nouvelles hypothèques aux Etats-Unis. S’ils perdaient la capacité d’emprunter à rabais, le marché de l’immobilier américain arrêterait brutalement de fonctionner.

Mais même avant que cela ne se produise, les marchés financiers aux Etats-Unis et internationalement s’effondreraient, car des milliers des banques, de fonds spéculatifs, de fonds de pension et d’autres institutions américaines détiennent des titres garantis par les deux compagnies, et les banques centrales, les gouvernements et les banques privées à travers le monde sont considérablement impliqués dans les capitaux empruntés de Fannie Mae et Freddie Mac.

Ces derniers sont au centre de la spéculation immobilière qui a généré des milliards de dollars pour les investisseurs et les directeurs généraux de Wall Street, et ils sont présentement en train de s’écrouler, précipitant ainsi la plus grande crise financière depuis les années 1930. Les deux compagnies sont massivement endettées, possédant ensemble un total de 81 milliards $ en capital pour soutenir les prêts hypothécaires qu’ils détiennent ou qu’ils garantissent : un rapport du capital à la dette de 1,6 pour cent.

Leurs manœuvres et mécanismes frauduleux ont été minés par la chute du prix des maisons et la multiplication virulente des saisies immobilières. Au cours des neuf derniers mois, ils ont perdu ensemble 11 milliards $ et leurs actions ont dégringolé de 80 pour cent : un déclin qui s’est transformé en déroute la semaine dernière alors que la valeur de leurs actions a presque diminué de moitié.

Leur débâcle est la dernière et jusqu’à maintenant la plus spectaculaire expression du déclin du capitalisme américain. C’est une autre réfutation des mythes avancés par l’élite dirigeante américaine sur le fonctionnement merveilleux du marché capitaliste, supposé représenter l’apogée des réalisations de l’humanité.

Au même moment, cela expose le cynisme derrière le slogan officiel de la « libre entreprise. » Lorsque le grand capital est menacé, les pertes sont socialisées. Seuls les profits demeurent privés.

Que Fannie Mae et Freddie Mac ne soient pas des cas isolés, mais plutôt les expressions de crise systémique, fut mis en évidence lors de la saisie, vendredi, par le gouvernement de IndyMac, le troisième plus grand effondrement de banque dans l’histoire des Etats-Unis. Selon certains rapports, jusqu’à 150 autres banques pourraient s’écrouler.

Les plans de Paulson pour utiliser les fonds des contribuables pour sauver Wall Street ont été travaillés pendant la fin de semaine lors de fiévreuses consultations à huis clos entre l’administration Bush, la Réserve fédérale, les grandes banques et les firmes d’investissements ainsi que les leaders du Congrès. Ils étaient sous d’énormes pressions pour en arriver à un plan avant l’ouverture des marchés asiatiques lundi et l’atmosphère de crise était accentuée par le fait que Freddie Mac était en voie de vendre 3 milliards de dettes à court terme. Une catastrophe était sur le point d’être déclenchée si les banques et les firmes d’investissements refusaient d’acheter les obligations de la compagnie.

Il n’y a aucun doute que Wall Street a exploité la situation afin d’obtenir du gouvernement les garanties et les assurances les plus larges possibles pour ses intérêts. Mais, le plan d’ensemble se devait d’être sanctionné par les démocrates au Congrès, vu que cela requiert des changements dans les chartes et les régulations légales des deux compagnies.

Le soutien vocal et immédiat annoncé par des législateurs démocrates clés pour ce sauvetage massif à l’aide des fonds des contribuables démontre le fait le plus important de la vie politique américaine : l’asservissement complet des deux partis et de toutes les institutions officielles à l’aristocratie financière.

Le républicain Barney Frank, le président du comité des services financiers de la Chambre des représentants, a déclaré son accord et son engagement à obtenir une législation d’urgence prête pour la signature de Bush au début de la semaine prochaine au plus tard.

Le sénateur Christopher Dodd, le président du comité des banques du Sénat, a, de manière similaire, signé un chèque en blanc pour les géants de l’hypothèque. Le sénateur Charles Schumer, un membre expérimenté du comité des banques, a dit : « Le plan du Trésor est chirurgical et prudemment élaboré et il va maximiser la confiance envers Fannie et Freddie tout en minimisant les coûts potentiels aux contribuables américains. » Il a ajouté que le plan serait « rassurant pour les investisseurs, les détenteurs d’obligations et les détenteurs d’hypothèques que le gouvernement fédéral sera derrière ces agences si nécessaire. »

Les médias contrôlés par la grande entreprise ont participé à embellir le plan en le présentant en grande partie comme une solution bon marché pour les contribuables.

Qu’est-ce que cela démontre ? Que lorsque vient le temps de défendre les intérêts vitaux de l’aristocratie financière, tout le système politique agit sur commande.

Soudainement, le soi-disant « embouteillage » au Congrès s’évapore. Les démocrates, qui ont tenté d’expliquer leurs votes répétés pour financer la guerre en Irak en blâmant l’opposition supposément insurmontable des républicains à leurs plans de « redéploiement », affirmant que « les votes ne sont pas là » pour leurs plans de retrait partiel, marchent maintenant au pas avec le parti minoritaire pour passer des lois exigées par Wall Street. D’autres projets de loi, comme ceux sur l’immigration, sont morts en raison de différends infranchissables entre des projets de loi punitifs et d’autres encore plus punitifs. Mais sur cette question, le Congrès a agi comme si c’était une marche militaire.

Les mesures d’urgence demandées par Paulson doivent être comparées aux autres lois présentées par les démocrates et déjà entérinées par la Chambre des représentants et le Sénat. Le contraste entre l’aide à Wall Street et les mesures adoptées pour venir en aide aux propriétaires de maison en détresse dans les lois déjà votées est parlant. Pour Wall Street, le Congrès a signé un chèque en blanc pour que le Trésor américain octroie peut-être des centaines de milliards de dollars en fonds publics pour soutenir les banques. Pour les propriétaires de maison, il n’y a rien pour empêcher les reprises, et selon le Bureau du budget du Congrès (Congressional Budget Office, BCO), le plan viendra en aide à moins de 20 pour cent des 2,5 millions de propriétaires qui recevront un avis de reprise de maison cette année. Le BCO estime que le coût total des mesures démocrates sur l’habitation atteindra à peine 2,7 milliards au cours des cinq prochaines années.

Il n’y aucun mystère dans la subordination abjecte des deux chambres du Congrès et de la branche exécutive à Wall Street. Paulson, dont la richesse se compte en centaines de millions, a été le président et le PDG de Goldman Sachs avant d’accepter sa nomination au poste de secrétaire au Trésor.

Le Center for Responsive Politics (Centre pour une politique réceptive) a rapporté en 2006 qu’environ la moitié des cent membres du Sénat sont millionnaires et que leur richesse nette moyenne atteignait les 8,9 millions de dollars. En 2004, 123 des 423 membres de la Chambre des représentants avaient des revenus de plus d’un million.

L’achat des législateurs et de leurs votes par les grandes entreprises a lieu ouvertement et sans honte. Les membres du comité des services financiers de la Chambre des représentants dirigé par Frank ont reçu plus de 18 millions $ cette année de firmes offrant des services financiers, d’assurance et de l’immobilier. Frank lui-même a obtenu plus de 1,2 million de dollars, presque la moitié provenant du milieu financier et d’industries connexes.

Le principal contributeur du sénateur Dodd durant le cycle électoral 2003-2008 a été Citigroup, suivi par SAC Capital Partners. Il a obtenu 4,25 millions $ de firmes d’investissement et de courtage.

Le principal contributeur du sénateur Schumer a aussi été Citigroup. Il a eu 1,4 million $ de firmes d’investissement et de courtage, le secteur d’affaires qui l’a le plus subventionné.

La collaboration gouvernement-compagnies est huilée à la corruption et aux pots-de-vin. Cet état de fait a connu un grand développement avec la soi-disant « financiarisation » de l’économie américaine depuis trente ans. L’élite dirigeante a systématiquement fermé de grandes sections de l’industrie et a accru de plus en plus sa richesse au moyen de la spéculation financière, non pas en développant mais en détruisant les forces productives. Le résultat est une immense croissance du parasitisme financier en même temps qu’un assaut brutal sur la position sociale et le niveau de vie de la classe ouvrière.

L’inégalité sociale a atteint des sommets sans précédent et une nouvelle aristocratie financière s’est développé qui domine tous les aspects de la vie publique.

La contrepartie de la financiarisation de l’élite américaine des affaires et de la finance est sa criminalisation. Fannie Mae et Freddie Mac, dont l’origine est liée aux réformes sociales de l’époque dite du New Deal, sont des exemples typiques de l’impact de ces deux processus. A toutes fins pratiques non régulées, ces compagnies se sont engagées dans la spéculation massive, s’appuyant sur la fraude comptable et la corruption, pour que les hauts dirigeants puissent avoir des revenus annuels de plusieurs millions.

L’ancien PDG de Freddie Mac, Leland C. Brendsel, a payé 16,4 millions $ en amendes l’an dernier pour des accusations de fraudes contre la compagnie. L’année précédente, la compagnie avait dû payer une amende de 3,8 millions $ pour avoir fait des paiements et offert des privilèges illégaux à des membres du comité des services financiers de la Chambre des représentants.

Fannie Mae, quant à elle, a été condamnée à payer 400 millions $ pour des manipulations comptables de 1998 à 2004. Durant la même période, ses hauts dirigeants ont reçu des bonus totalisant 90 millions.

Le sauvetage proposé de ces compagnies n’empêchera pas que la crise du capitalisme américain et mondial s’accélère. Il est inévitable qu’il minera la confiance mondiale envers le système financier américain, qu’il intensifiera la crise du dollar américain et qu’il contribuera aux pressions inflationnistes. Ce qui émerge de tout cela, c’est une crise dans laquelle la solvabilité du gouvernement américain lui-même est mise en doute. Comme le Wall Street Journal l’a écrit lundi passé, « Avec la multiplication des problèmes financiers, des investisseurs parient qu’ils pourraient engranger des profits en songeant à l’impensable : est-ce que le gouvernement américain pourrait faire faillite ? »

Le sauvetage de Fannie Mae et de Freddie Mac avec des fonds publics ouvre la porte pour un usage beaucoup plus vaste de l’argent des contribuables pour venir en aide aux principales sociétés financières. La semaine passée, Paulson et Bernanke ont demandé devant le comité des services financiers de la Chambre des représentants une loi qui institutionnaliserait l’intervention du gouvernement fédéral pour soutenir les compagnies de Wall Street qui feraient faillite. La réponse de principaux démocrates, tel Frank, à cette demande a été de presser les régulateurs de demander de telles mesures dès maintenant et de ne pas attendre le nouveau Congrès au début de l’an prochain.

Il reviendra à la classe ouvrière de payer pour de tels sauvetages sous la forme de coupes dans les programmes sociaux, l’éducation, le logement et l’infrastructure de base ainsi que de nouvelles vagues d’élimination des emplois et de diminution des salaires.

La classe ouvrière ne peut pas défendre ses intérêts vitaux en faisant pression sur les démocrates ou toute autre institution de la ploutocratie américaine. Dans les luttes de classe à venir, elle doit s’organiser en tant que force politique indépendante pour lutter pour la réorganisation de la société sur une base socialiste, y compris la transformation des banques et des firmes financières en services publics sous le contrôle démocratique de la population travailleuse.


Vendredi 18 Juillet 2008


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