Publié par : reopen911 | octobre 9, 2008

L’armée déploie une unité de combat aux USA en prévision de possibles troubles civils

Par Bill Van Auken, paru sur Bellacio.org le 29 Septembre 2008.

Pour la première fois dans leur histoire militaire, les États-Unis déploient une unité militaire de combat en service actif pour une mission à plein temps à l’intérieur du pays, celle d’intervenir en cas d’urgence, y compris en cas de potentiels troubles civils.

Dès le 1er octobre, la « First Brigade Combat Team » de la Troisième Division sera placée sous le commandement de l’Armée du Nord, une composante du « Pentagon’s Northern Command », (NorthCom), qui a été créée à la suite des attaques terroristes du 11 septembre 2001, avec pour mission de défendre le sol américain et de faciliter le travail des autorités fédérales et locales.

L’unité dite des « Raiders », est connue comme étant l’une des plus aguerries et des plus sanguinaires. Elle a passé presque trois des cinq dernières années déployée en Irak, dirigeant l’assaut sur Bagdad en 2003 et effectuant le combat au porte-à-porte pour l’éradication de la résistance dans la ville de Ar-Ramadi. C’est la première unité de combat à avoir été envoyée en Irak trois fois de suite.

Tandis que des unités en service actif ont précédemment été employées dans des missions provisoires, comme celles déployées à la Nouvelle-Orléans et qui avait été drastiquement placée sous la Loi martiale à la suite de l’ouragan Katrina, on remarque que c’est la première fois que l’on a confié à une unité militaire de combat une mission pour laquelle l’ensemble du territoire américain constituerait sa « zone d’intervention »

Les déclarations officielles du Pentagone ont souligné le rôle d’unités spécialisées dans une réponse potentielle à une attaque terroriste sur le territoire des États-Unis. Le général George Casey, Chef de l’État-Major de l’Armée de Terre a suivi un exercice de formation la semaine dernière impliquant environ 250 membres de l’Unité, à Fort Stewart, en Géorgie. Le but de l’exercice, selon le « Army’s Public Affairs Office », était de déterminer comment les troupes «&bbsp;pourraient mener des recherches, effectuer des missions, intervenir sur des accidents, et décontaminer des gens après une attaque nucléaire catastrophique dans le sanctuaire national ».

« Nous sommes en guerre avec un réseau mondial extrémiste qui ne cède pas », a déclaré Casey aux soldats. « J’espère que nous n’aurons pas à l’employer, mais nous avons besoin d’une force de réaction ».

Cependant, la mission assignée aux 4000 soldats de la « First Brigade Combat Team » ne consiste pas simplement à sauver des victimes d’attaques terroristes. Un article qui est paru au début du mois dans « Army Times » (« Brigade homeland tours start Oct. 1« ), une publication qui est largement lue dans les milieux militaires, dépeint une image différente et bien plus sinistre.

« On pourra faire faire appel à eux en cas de troubles civils et pour contrôler les foules » déclare l’enquête du journal. Elle cite le commandant de l’unité, le Colonel Robert Cloutier, qui annonce que les soldats du BCT seront formés à l’utilisation du premier « package de campagne non létal ». Ces armes, déclare l’article, sont « conçues pour soumettre des individus indisciplinés ou dangereux sans les tuer ». Le package comprend des balles à grenaille, des boucliers, des tonfas et de l’équipement pour la mise en place de barrages routiers.

Il apparait que dans une des phases de la formation pour le déploiement à l’intérieur des États-Unis, les soldats ont reçu l’ordre d’évaluer cet équipement non létal les uns sur les autres.

« J’ai été le premier élément de l’équipe à être « tazé » a déclaré Cloutier à l’ « Army Time ». Il a décrit les effets du « Tazer » comme « une secousse musculaire qui se répète dix fois dans tout le corps ».

La remarque du Colonel suggère que dans leur préparation pour une intervention intérieure, les soldats de base seront aussi « tazés » à l’entraînement. L’objectif et l’effet brutalisant d’un exercice de formation si macabre mis en vigueur au sein même des troupes seraient de les rendre insensibles à la douleur et à la souffrance que l’on peut infliger sur la population civile en employant ces mêmes armes « non létales ».

Selon des militaires cités par l’« Army Times », le déploiement de troupes régulières aux USA, qui débute avec la « First Brigade Combat Team », est destiné à devenir permanent avec différentes unités qui effectueront des rotations sur une base annuelle.

Dans une interview en ligne avec des journalistes au début du mois, des officiers du « NorthCom » ont demandé quelles étaient les implications du nouveau déploiement par rapport au « Possee Comitatus Act », une Loi datant de 230 ans qui interdit l’utilisation de forces militaires américaines pour des buts de maintien de l’ordre au sein des États-Unis.

Le Colonel Lou Volger, le chef des futures opérations du « NorthCom », a essayé de minimiser le rôle de ces interventions, mais a ajouté : « Nous composerons avec l’application de la Loi pour comprendre la situation et nous serons vigilants concernant les dérives potentielles ».

Volger a reconnu l’évidence : la « First Brigade Combat Team » est une force militaire ; mais il essaye d’écarter la probabilité qu’elle jouerait un rôle militaire. Elle comprend des « forces pour la sécurité » a-t-il dit, « donc on pourrait les appeler Forces de Sécurité ; mais notre rôle consiste simplement à établir notre présence et à nous assurer que nous pouvons préparer et exécuter nos propres missions ».

Le Lieutenant Colonel James Shores, un autre officier du « NorthCom », a fait chorus : « Disons que même s’il y avait un scénario impliquant une perturbation de caractère civil, même à ce point, il faudrait une directive présidentielle pour qu’il arrive ce que vous suggérez ».

Indépendamment du fait d’attendre que se déclenche une telle intervention, le Colonel Cloutier et ses troupes se préparent clairement dans ce but avec leurs travaux pratiques dans l’utilisation des moyens « non-létaux » de répression.

En dépit de la forte sensibilisation des officiers de haut rang sur cette question, la réalité est que l’intervention des militaires dans les affaires intérieures s’est brusquement développée ces derniers temps, résultat de l’engagement des États-Unis dans les deux guerres de style colonial menées à l’étranger et qui leur a donné un rôle disproportionné dans la vie politique américaine.

L’administration Bush a travaillé pour démolir toutes les barrières s’opposant à l’utilisation des militaires dans le cadre d’une répression intérieure. Ainsi, dans le projet de loi 2007 sur le Pentagone, elle a inséré un amendement à la loi du « Possee Comitatus » permettant un déploiement militaire intérieur en cas de catastrophe naturelle, d’attaque terroriste ou « d’autres conditions dans lesquelles le Président décide que la violence intérieure est arrivée à un niveau tel que les fonctionnaires ne peuvent plus maintenir l’ordre public ».

Cette mesure a accordé au Président de nouveaux pouvoirs lui permettant d’imposer la Loi martiale en déclarant « un cas d’urgence publique » et ce, pour pratiquement n’importe quelle raison. Il pourra ainsi déployer des troupes n’importe où aux États-Unis et prendre le contrôle des unités de la Garde nationale basées dans les États sans le consentement des Gouverneurs et ce, pour « pallier les désordres publics ».

La mesure a été par la suite abrogée en 2008 par le Congrès comme faisant partie d’une militarisation de la législation par les militaires, mais l’intention demeure. Étant donnés les larges pouvoirs revendiqués par la Maison Blanche au nom du « Commandant en chef » dans une guerre mondiale aux « Terroristes » pour suspendre l’ « Habeas corpus », espionner ses propres concitoyens et utiliser la torture, il n’y a aucune raison de croire qu’il respecterait des restrictions légales contre l’utilisation de l’armée dans un usage domestique.

On pourra faire la remarque que le déploiement de troupes américaines de combats « comme une réponse fédérale dans des cas d’urgence naturelle ou synthétique et de désastres », selon les termes de l’« Army Times », coïncide avec l’avènement du plus grand désastre économique et financier depuis la Grande Dépression des années 1930.

Justifié comme une réponse aux menaces terroristes, le but réel de l’utilisation d’unités militaire à l’intérieur des frontières américaines n’est pas une réponse aux événements du 11 septembre 2001 ou à la crainte qu’ils se répètent. C’est plutôt la mobilisation intérieure des forces armées comme une réponse de l’« Establishment dirigeant » à une menace croissante d’instabilité politique.

Dans les conditions d’approfondissement de la crise économique, l’abîme social sans précédent séparant d’une manière obscène le monde du travail du pays d’une riche élite financière, devient non durable dans la structure politique existante.

Traduct Gilong pour Bellacio, adapté par SpotlessMind pour ReOpenNews.

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