Publié par : reopen911 | octobre 14, 2008

LE DEBUT DE LA ‘CRISE MONDIALE’

SUBPRIMES ? OU LA CHUTE DE L’EMPIRE DES DETTES ?

 

 

Début 2008, la dette publique des Etats-Unis se monte à environ 9,5 billions de dollars (+ 600 milliards chaque année ou 1,7 milliard chaque jour*), ce qui représente environ 65 % du PIB annuel, soit proportionnellement moins que la France (dette publique française : 1,4 billion d’euros ou 2,2 billions de dollars). La dette publique US s’élève à 32.000 dollars par habitant, la dette publique française à 35.000 dollars. De ce côté-là, la France a donc déjà dépassé le niveau américain (même chose pour l’Allemagne). On notera que le volume « astronomique » de la dette publique est tout relatif quand on le compare aux 500 billions de dollars de la bulle des dérivés (qui ne demande qu’a exploser également).
* C’est un peu moins que les dépenses militaires (700 milliards de dollars par an ou 2 milliards par jour)

 

 

Pour ce qui est de la dette extérieure (publique + privée), la situation est tout à fait différente (déficit accumulé de 13 billions de dollars, soit environ 85 % du PIB annuel, aux Etats-Unis ; léger excédent en France). Dans des conditions normales, lorsqu’un pays accumule les déficits extérieurs, sa monnaie ne tarde pas à en pâtir. Dans le cas des USA, il a fallu attendre assez longtemps avant que ce principe ne se vérifie. En effet, le dollar étant une monnaie de réserve, et pour beaucoup une monnaie refuge, le monde entier, en effectuant des placements ou des investissements aux USA, contribue à rétablir l’équilibre et à cacher le déficit extérieur permanent. La Chine, à elle seule, y contribue pour 10 % (excédent de 1.300 milliards de dollars) mais la part des détenteurs de pétro-dollars est bien plus élevée.

L’endettement des ménages aux USA totalise 14 billions de dollars, soit 47.000 dollars par habitant (trois fois plus qu’en France). On encourage systématiquement les Américains à s’endetter, surtout dans l’immobilier bien sûr, mais aussi dans le domaine du crédit à la consommation, quitte à les saigner à blanc lorsqu’ils ne sont plus assez solvables (par exemple parce que les taux relativement avantageux au départ, augmentent très rapidement). La crise des « subprimes » vient de là. Le mot « subprimes » est d’ailleurs un euphémisme qui désigne les débiteurs dont le standing n’est pas de premier ordre (prime debtors) mais moindre (sub). En matière de crédit à la consommation, le mode d’endettement le plus courant aux Etats-Unis est le découvert lié à l’utilisation d’une carte de crédit (c’est aussi le plus cher). 50 millions de détenteurs de cartes de crédit doivent un total de 600 milliards de dollars* (12.000 dollars chacun, en moyenne). Et il existe encore d’autres formes de crédit personnel, souvent inconnues ailleurs, par exemple le crédit étudiant qui permet de payer ses frais d’études (en moyenne, plus de 40.000 dollars par emprunteur). Toutes ces bulles de crédit ne demandent qu’à éclater…
* Selon des données de juillet 2008, ce chiffre serait entre-temps passé à un billion de dollars (1.000 milliards).

L’endettement des ménages a doublé depuis 2002, triplé depuis 1995, quadruplé depuis 1991

 

 

L’augmentation vertigineuse de la dette des ménages a injecté dans l’économie américaine une masse de liquidités qui a permis de maintenir artificiellement la croissance à un niveau élevé. Les particuliers croyaient s’enrichir grâce à l’immobilier ; en réalité, ils s’appauvrissaient.
Par exemple, une famille empruntait 400.000 dollars afin de s’acheter une maison en valant 500.000. Trois ou quatre ans plus tard, la valeur du bien étant passé à 750.000 dollars, le banquier encourageait ses clients à emprunter 200.000 dollars de plus pour s’offrir, disons, une grosse voiture, des biens de consommation, un voyage autour du monde ou les frais d’études des enfants. Avec une hypothèque supplémentaire, aucun problème… Et puis, quelque temps plus tard, l’immobilier plonge, le banquier demande à son client de rembourser plus vite ou de fournir de nouvelles sûretés, il augmente ses taux – normal puisque l’emprunteur est moins solvable. C’est le début de la catastrophe, surtout si le client vient à perdre son emploi. Finalement, la famille se retrouve à la rue, les mains vides… Le banquier, le promoteur immobilier, le marchand de 4×4 et tous les autres gonfleurs de PIB, eux, ont fait des affaires en or. Malgré la mauvaise conjoncture, ils ont le temps de voir venir en attendant la prochaine bulle.
La dette des entreprises américaines, qui provient principalement de crédits bancaires ou d’emprunts obligataires des grandes compagnies sur le marché financier, s’élève à environ 12 billions de dollars.
En additionnant dette publique, dette des ménages et dette des entreprises, on arrive à un total de 36 billions de dollars environ (dont 13 billions vis-à-vis de l’étranger). Il s’agit là de la dette concrète et palpable, résultant d’opérations réelles. Si l’on voulait y ajouter l’endettement net provenant de transactions purement financières et spéculatives, impossibles à chiffrer de manière réaliste, nul ne sait à quel total on arriverait.
On cite souvent le chiffre de 50 billions lorsqu’il est question de l’endettement global des USA, la dette du secteur financier y figurant pour 14 billions. Mais comme ce dernier chiffre est un minimum absolument arbitraire, le total général pourrait aussi bien être 2, 3 ou 10 fois plus élevé (à comparer au PIB annuel d’environ 15 billions de dollars). 50 billions de dollars répartis sur 300 millions d’habitants, cela donne 167.000 dollars par tête. Le fardeau effectif est peut-être de 300.000 ou 500.000 ou 1.000.000 de dollars par habitant – qui sait ?…
Lorsque la crise éclatera pour de bon et que le niveau réel d’endettement sera révélé, il y aura nécessairement une coupe brutale (et pas seulement aux Etats-Unis). L’annulation d’une grande partie de la dette financière ruinera de très larges couches de la population (les fameuses « classes moyennes »), les faillites se multiplieront, l’Etat et les collectivités locales deviendront à leur tour insolvables, entraînant sans doute l’effacement ou le gel de leur dette. Une chose est certaine : on ne fera pas de cadeaux aux « ménages », leur dette ne sera certainement pas annulée, ils seront les seuls à faire les frais de la crise – du moins 90 % ou 95 % d’entre eux. Il suffit de voir ce qui s’est passé en Argentine en 2001-2002 et d’élever le tout à la puissance 10.* Les vraies « réformes libérales » n’ont pas encore eu lieu.

 

 

 

 

CHRONOLOGIE DE LA CRISE

15 mars 2007 :

Faillite de New Century Financial, une société spécialisée dans le crédit hypothécaire « subprime ». Ce n’est pas la première faillite de ce genre, mais la plus importante. Auparavant, il y a déjà eu ResMae, Fremont General et une trentaine d’autres cas. Les subprimes sont des crédits qui n’auraient jamais dû être accordés, car les débiteurs, souvent très modestes, n’ont pas la « surface » financière voulue.* Un remboursement normal n’est possible que si les revenus de l’acheteur ne chutent pas pour cause de perte d’emploi, et si le taux d’intérêt relativement avantageux garanti au départ pour deux ans, n’augmente pas sensiblement dès que cette période est écoulée. Deux conditions difficiles, sinon impossibles à réaliser. En cas de liquidation forcée au moment où la bulle de l’immobilier se dégonfle, le bien hypothéqué se déprécie fortement et une vente ne rapporte plus assez pour compenser les dettes. Des millions d’Américains sont tombés dans ce piège.* Avant de précipiter ses clients dans la misère, le marchand d’hypothèques n’a pas manqué de jouer le philanthrope qui permet à des Américains pauvres de se hisser au-dessus de leur condition en accédant à la propriété (argument standard de ces bonimenteurs).

 

 

13 juin 2007 : Dans le Washington Post, Steven Pearlstein et Robert Samuelson (journalistes proches des milieux de la haute finance) écrivent que « le crash de l’économie américaine a commencé » et annoncent « la fin du crédit bon marché ». (Pour l’Américain moyen, le crédit n’a jamais été « bon marché ». La menace de Pearlstein-Samuelson rappelle un peu l’avertissement lancé aux automobilistes, comme quoi le prix de l’essence ne restera pas longtemps au niveau « ridiculement bas » auquel il se trouve aujourd’hui. Gageons que les deux journalistes n’ont pas de problèmes de crédit lorsqu’ils veulent s’acheter une villa dans les Hamptons.)

 

25 juin 2007 : La Banque des Règlements Internationaux, banque des banques centrales, localisée en Suisse bien sur, met en garde contre les dangers d’une nouvelle Grande Dépression comparable à celle des années 1930.

Début août 2007 : La banque WestLB de Düsseldorf annonce 2 milliards d’euros de pertes en rapport avec les subprimes américains. D’autres banques allemandes (SachsenLB, IKB) sont également touchées. Aux Etats-Unis, American Home Mortgage Investment, organisme de refinancement des prêts hypothécaires, fait faillite. Countrywide Financial est en difficulté.

10 août 2007 : Intervention des banques centrales pour contrer le manque de liquidités dû à la crise de l’immobilier américain. La BCE injecte 156 milliards d’euros en deux jours, la Fed 38 milliards de dollars. La banque centrale japonaise intervient également.

14 septembre 2007 : La banque anglaise Northern Rock, victime de la crise hypothécaire, est sauvée de justesse par la Banque d’Angleterre. Elle sera nationalisée quelque temps plus tard (on nationalise les pertes, on privatise les gains). Le sauvetage coûtera 26 milliards de livres au contribuable britannique (33 milliards d’euros).

19 novembre 2007 : Citigroup annonce, pour le 4ème trimestre 2007, des pertes de 18 milliards de dollars, résultant de crédits hypothécaires défaillants. Au 3ème trimestre, la banque avait déjà enregistré des pertes de 6,5 milliards.

10 décembre 2007 : La banque suisse UBS annonce 10 milliards de francs suisses de pertes, qui font suite à 4,2 milliards. On parle même d’un total de 60 milliards. Ces pertes proviennent de l’immobilier et des dérivés. (1 franc suisse = 1 dollar = 0,65 euro.)

12 décembre 2007 : La Fed et d’autres banques centrales mettent 65 milliards de dollars à la disposition du marché pour pallier au manque de liquidités consécutif à la crise des crédits hypothécaires.

25 janvier 2008 : La Société Générale annonce une perte de 5 milliards d’euros à la suite de spéculations illégales d’un de ses employés.

11 mars 2008 : La Fed (seule) met 200 milliards de dollars de liquidités dans le circuit et accepte « en couverture » des titres à risque dont personne ne veut.

14 mars 2008 : Un fonds de placement contrôlé par le Carlyle Group (la banque d’affaires des familles Bush et Ben Laden) doit cesser ses activités après que le milliardaire Larry Silverstein ait retiré sa mise (14 milliards de dollars).

17 mars 2008 : la banque d’affaires Bear Stearns, au bord de la faillite, est reprise par JPMorgan Chase pour une bouchée de pain (un pour cent de la valeur boursière au 1er mars), avec de l’argent prêté par la Fed. Trois jours auparavant, le banquier Alan Schwartz, PDG de Bear Stearns, disait qu’il n’y avait rien à craindre. Pour faciliter la reprise, la Fed garantit les subprimes et autres créances douteuses de la banque à hauteur de 30 milliards. Excellente affaire pour les principaux protagonistes de ce drame (y compris pour le PDG de la banque coulée). Malheureusement, on ne peut pas en dire autant des emprunteurs qui ont perdu leur maison, ni des millers de salariés à présent sans emploi. Déjà, en juin 2007, deux hedge funds gérés par Bear Stearns s’étaient effondrés – sans aucune conséquence négative pour les responsables.
Commentaire amusé du milliardaire américain Jim Rogers, cité par le Financial Times Deutschland : « C’est la Fed qui finance les Maserati des banquiers de Wall Street. »

18 mars 2008 : Josef Ackermann, PDG de la Deutsche Bank, déclare que les banques ne pourront pas s’en tirer seules, et réclame l’intervention du gouvernement. Comme lui, beaucoup de partisans du « néolibéralisme », du « laissez-faire » et du « marché libre » exigent maintenant l’aide active de l’Etat pour réparer les dégâts qu’ils ont causés. (En 2007, Ackermann a gagné 14 millions d’euros – et ce, dans un pays où le SMIC n’existe pas et où des salaires horaires de 4 ou 5 euros sont tout à fait courants. 14 millions annuels correspondent à 7.300 euros de l’heure. Mais ce salaire, sans doute légèrement supérieur au vôtre, n’est encore rien en comparaison de celui des patrons de hedge funds).
Capitalisme à doctrine variable – L’Etat au service des banques ou de l’intérêt général ?

20 mars 2008 : aux USA et en Grande-Bretagne, il est question de mettre en place un « plan de sauvetage » qui consisterait à « racheter » aux banques leurs créances dépréciées – à la valeur nominale, cela va de soi. Avec cet apport de fonds publics (environ 3.000 milliards de dollars si l’on en croit Paul Krugman, économiste écrivant pour le New York Times), les miraculés de la haute finance pourraient se lancer dans une nouvelle bulle spéculative. En fait, ils le font déjà, comme on peut le constater avec la hausse des cours du pétrole, des céréales, de l’or, de l’euro et de quelques autres monnaies.

2 avril 2008 : 12 milliards de francs suisses de pertes supplémentaires pour l’UBS (pour le premier trimestre 2008).

3 avril 2008 : la WestLB allemande (banque des caisses d’épargne publiques de l’ouest du pays) se voit octroyer par l’Etat un « parapluie risques » de 23 milliards d’euros afin d’effacer ses créances douteuses (huit mois plus tôt, on en était encore à 2 milliards). Le nouveau PDG, après avoir avoir annoncé des licenciements, déclare que la banque est à la recherche de nouvelles opportunités financières – les prochaines pertes sont pour ainsi dire déjà programmées. De son côté, la BayernLB (pendant bavarois de la WestLB) signale des dépréciations de plus de 4 milliards d’euros dans ses actifs. Bien que faisant encore partie du secteur public, ces banques se comportent de manière aussi irresponsable que les établissements privés.
Tout cela n’empêche pas les apprentis-sorciers de la finance de prêcher la modération et la retenue. Quelques jours plus tôt, l’association patronale des banques avait vivement critiqué l’intention du gouvernement allemand d’augmenter les retraites de 1,1 % le 1er juillet prochain.

9 avril 2008 : selon le Canard enchaîné, le Fonds de Réserve des Retraites géré par la Caisse des Dépôts et Consignations, vient de perdre 3,1 milliards d’euros suite à un placement boursier malheureux.

15 avril 2008 : encore 10 milliards de dollars de pertes pour Citigroup et 5 milliards pour Merrill Lynch. Citigroup a besoin d’argent frais et cherche un repreneur pour son réseau bancaire allemand, de même que pour sa filiale Diners Club (cartes de crédit). La Deutsche Bank, de son côté, s’efforce de faire disparaître de son bilan pour 35 milliards d’euros de créances douteuses.

18 avril 2008 : avec l’aide du Trésor (c’est-à-dire du contribuable), la Banque d’Angleterre se prépare à insuffler 50 milliards de livres (63 milliards d’euros) aux banques en difficulté (Royal Bank of Scotland, Barclays et quelques autres). L’aide prendra la forme d’un échange de créances douteuses contre des obligations garanties par l’Etat.

21 avril 2008 : la Bank of America annonce 6 milliards de dollars de pertes dans le domaine du crédit à la consommation (automobiles, cartes de crédit). C’est le deuxième point faible des banques américaines après le subprime hypothécaire. Pratiquement tous les établissements bancaires doivent trouver d’urgence des capitaux afin de ramener à un niveau acceptable leur ratio de solvabilité mis à mal par la découverte quasi-quotidienne de nouveaux risques de crédit.

24 avril 2008 : dépréciations d’actifs de 5,2 milliards de dollars pour le Crédit Suisse, qui viennent s’ajouter aux 3 milliards de 2007.

25 avril 2008 : le bruit court que Fannie Mae et Freddie Mac, les deux principales sociétés américaines de crédit immobilier, sont menacées d’insolvabilité. Le gouvernement serait prêt à intervenir, ce qui pourrait coûter au contribuable entre 420 et 1.100 milliards de dollars.

2 mai 2008 : la Fed, la Banque Centrale Européenne et la Banque Nationale Suisse annoncent leur intention de mettre 82 milliards de dollars supplémentaires (55 milliards d’euros) à la disposition du système bancaire.

5 mai 2008 : le pyromane Ben Shalom Bernanke crie au feu. A son avis, la crise immobilière américaine risque de déboucher sur une crise économique. Quelle perspicacité !… Le chef de la Fed vient de s’apercevoir que dans le pays le plus riche du monde, des millions d’expulsions sont en cours. 18 millions de maisons individuelles sont vides et invendables, donnant à des quartiers entiers des allures de villes fantômes.

21 mai 2008 : l’Institute of International Finance, un organisme présidé par Josef Ackermann (Deutsche Bank) et rassemblant plus de 300 établissements bancaires et financiers, vient de demander l’assouplissement des règles en vigueur, afin de permettre aux banques de comptabiliser leurs actifs dépréciés à la valeur qu’ils avaient avant la crise. De cette manière, la course à l’argent frais s’en trouverait freinée (et l’effondrement final retardé). C’est le contraire de la « surveillance accrue » que réclament certains politiciens (qui savent pertinemment qu’elle n’est pas possible sans changement radical de système). Avec la méthode Ackermann, pour combattre la canicule, il suffirait de modifier les thermomètres et tous les problèmes disparaîtraient.

22 mai 2008 : la presse financière américaine (notamment Bloomberg) signale un nouvel aspect de la crise, tout à fait catastrophique pour les épargnants. Il s’agit de l’effondrement des auction-rate bonds, des titres obligataires dont le taux d’intérêt, au lieu d’être fixé à l’avance, est déterminé aux enchères (c’est l’acheteur qui accepte le taux le plus bas qui l’emporte). Le client à qui un banquier ou courtier peu scrupuleux a refilé ces obligations, ignore généralement ce qu’il y a derrière et qui sont les débiteurs (par exemple : des communes qui peuvent devenir insolvables à tout moment si la crise s’étend, ou des étudiants dans l’incapacité de rembourser leurs crédits, ou n’importe quels autres emprunteurs en difficulté). Le marché des auction-rate bonds existe depuis un quinzaine d’années ; en 2004, il représentait un volume de 200 milliards de dollars (aujourd’hui probablement davantage).
Le propre de ces auction-rate bonds, c’est qu’ils ne se négocient pas en bourse. Et depuis peu, rien ne va plus ; les titres sont devenus invendables. Bloomberg cite le cas d’une dame qui s’est vu conseiller, en janvier 2008, l’achat de 275.000 dollars de ces bonds. Son argent, qu’elle venait d’hériter, est à présent bloqué indéfiniment. Il n’a pas disparu mais c’est tout comme ; en tout cas, elle ne peut plus payer les études de ses enfants.
Une autre cliente a perdu 200.000 dollars. Agée de 72 ans, elle les avait placés en prévision de sa retraite, qu’elle comptait prendre prochainement ! Travailler plus longtemps pour se faire voler plus… Vive la retraite à 90 ans pour tout le monde (sauf les banksters: politiciens et hommes d’affaires).

23 mai 2008 : la crise financière ne touche pas seulement les USA et l’Union européenne. L’Islande, petit pays de 300.000 habitants, est frappée de plein fouet. Depuis quelques années, ses banques spéculent autant que les grands de Wall Street ou de la City. La Landsbanki Islands et la Kaupthing Bank, « conseillées » par des hedge funds, ont emprunté à tour de bras et se sont mises à financer des acquisitions d’entreprises à travers toute l’Europe, brassant ainsi un volume représentant neuf fois le PIB du pays (lequel est d’environ 13 milliards de dollars). Entre-temps, les deux banques sont au bord de la faillite, mais la banque centrale est bien trop faible pour les aider. La couronne islandaise a perdu un quart de sa valeur depuis janvier ; l’inflation officielle est de l’ordre de 12 %. Il a donc fallu que les banques centrales scandinaves se cotisent pour faire parvenir aux Islandais 2,4 milliards de dollars. (A l’échelle de la France, cela correspond à 500 milliards ; à l’échelle des USA, à 2.400 milliards !) L’aide apportée sera peut-être suffisante dans un premier temps pour calmer l’appétit des fonds vautours, mais on ne serait pas étonné d’apprendre que les besoins réels représentent un multiple de cette somme.

4 juin 2008 : d’après le Financial Times, un changement des règles comptables serait en préparation aux USA, qui obligerait les banques à faire figurer dans leurs bilans pour 5.000 milliards de dollars de « véhicules financiers » actuellement externalisés. Cette mesure, qui entraînerait pour la plupart des établissements de crédit une nouvelle dégradation de leur ratio de solvabilité, va à l’encontre de la « méthode Ackermann ». Et elle ne touche de toute façon qu’une infime partie des risques potentiels générés par la bulle des dérivés, qui est 100 fois plus importante – voir plus haut.
Quoi que fassent les autorités – qu’elles s’enfouissent la tête dans le sable ou qu’elles jouent très timidement la carte de la transparence -, une solution n’est pas en vue. Pour préserver le système bancaire du désastre, il faudrait stopper immédiatement toute forme de spéculation, geler tous les dérivés et autres instruments financiers, garantir les dépôts de la clientèle privée et commerciale, et repartir à zéro. Autant dire, nationaliser la finance et exproprier l’oligarchie. L’oligarchie, elle, a d’autres plans : exproprier le reste du monde et s’emparer de tout ce qui ne lui appartient pas encore.

14 juin 2008 : Lehman Brothers annonce 3 milliards de dollars de pertes pour le trimestre écoulé. Si l’on en croit certaines rumeurs, la banque serait sérieusement menacée. D’un autre côté, il est probable qu’elle ne subira pas le sort de Bear Stearns, car son PDG, Richard Fuld, est membre du conseil d’administration de la filiale new-yorkaise de la Réserve Fédérale. Fuld est un milliardaire qui a su profiter (en toute impunité) de ses connaissances d’initié. En 2006-2007, il a vendu pour 320 millions de dollars d’actions Lehman, alors que le cours était à son maximum. Sa position à la tête de la banque lui permettait bien entendu de savoir ce qui se préparait. Et comme Fuld a dû conserver un petit reliquat de titres d’une valeur de 100 millions, son autre job (à la Fed) va s’avérer très utile pour limiter d’éventuels dégâts.
* Pas de sa faute, il aurait pu être mongol ou guatémaltèque (mais il ne serait pas devenu milliardaire).

1er juillet 2008 : nouvelle pertes pour l’UBS, la banque européenne la plus touchée. En un an, elle a dû faire face à 40 milliards de francs suisses de dépréciations (25 milliards d’euros).

11 juillet 2008 : faillite de la banque hypothécaire californienne Indymac (32 milliards de dollars d’actifs dévalorisés). Les dépôts de la clientèle devraient être pris en charge par le fonds de garantie bancaire FDIC, ce qui coûterait à cet organisme la modique somme de 8 milliards. En tout, le FDIC dispose de 53 milliards – c’est peu pour garantir 4.000 milliards de dépôts.
Quasi-faillite également de Fannie Mae et Freddie Mac. Ces deux établissements privés qui refinancent près de la moitié des prêts immobiliers aux Etats-Unis, soit 5.300 milliards de dollars, vont faire l’objet d’un « plan de sauvetage » à l’aide de fonds publics. Comme toujours, l’Etat providence vole au secours du grand capital. A l’origine, Fannie et Freddie étaient des établissements financiers publics (Government sponsored enterprises). Fondés en 1938 dans le cadre du New Deal du président Roosevelt, afin de permettre aux familles modestes d’acquérir leur maison, ils furent privatisés en 1968 et perdirent leur caractère social. En revanche, leurs privilèges fiscaux et comptables furent maintenus, de même que la possibilité de se procurer des liquidités à bon compte auprès de la Fed – le tout, bien entendu, pour le seul profit des actionnaires privés.

17 juillet 2008 : la banque américaine Merrill Lynch annonce pour 5 milliards de dollars de pertes supplémentaires. Citigroup, de son côté, affiche un nouveau trou de 7 milliards, soit plus de 40 milliards en tout en un an. Le numéro un de la finance mondiale aurait réussi entre-temps à se procurer suffisamment de capitaux frais, notamment grâce à la vente de son réseau allemand au Crédit Mutuel français. Prochaine « surprise » au plus tard dans trois mois.

25 juillet 2008 : deux nouvelles faillites bancaires (First Heritage Bank et First National Bank of Nevada). Comme il s’agit de petits établissements régionaux, la bourse ne s’affole pas. D’ailleurs, la FDIC attend toujours le vendredi soir pour annoncer ce genre de nouvelles.

8 septembre 2008 : nationalisation de Fannie Mae et Freddie Mac. Le Trésor américain s’engage à recapitaliser les deux établissements à hauteur de 200 milliards de dollars. Cette somme sera-t-elle suffisante ?…

12 septembre 2008 : sur le marché des changes, le dollar a repris du poil de la bête. Un euro ne coûte plus que 1,40 $ contre près de 1,60 en juillet. Entre-temps, l’once d’or est à 750 dollars (1.000 dollars en mars) et le baril de pétrole à 100 dollars (près de 150 en juillet). On voit que la spéculation est possible dans les deux sens.

15 septembre 2008 : Merrill Lynch échappe de justesse à la faillite, grâce à une reprise de dernière minute par la Bank of America. Lehman Brothers a moins de chance et doit déposer son bilan ; le milliardaire Richard Fuld va-t-il être obligé de s’inscrire au chômage ?… En l’espace de six mois, trois des principales banques d’investissement des USA ont disparu (Bear Stearns, Merrill Lynch, Lehman). Qui sera la prochaine ?…
De son côté, l’assureur AIG – American International Group (numéro un mondial) doit faire face à de sérieuses difficultés ; il lui manque la bagatelle de 75 milliards de dollars pour faire face à ses obligations immédiates. Pour parfaire le tableau, la Washington Mutual (WaMu) de Seattle, la plus grande caisse d’épargne des Etats-Unis, annonce une perte de 3 milliards pour le trimestre, plus 16 milliards probables prochainement sur un total de créances hypothécaires douteuses dans ses livres de plus de 180 milliards. Et il semblerait que WaMu soit bientôt suivie par Wachovia de Charlotte (Caroline du Nord), la quatrième banque américaine. (Indépendamment de ses problèmes financiers actuels, Wachovia a la réputation d’être une banque qui aime arnaquer les épargants : en 2007, elle a encaissé pour 150 millions de dollars de chèques non signés, soi-disant émis par sa clientèle ; elle a mis en circulation de la fausse monnaie ; elle a harcelé téléphoniquement ses clients âgés pour leur fourguer des titres sans valeur. Wachovia a également été mêlée à des histoires de blanchiment de narcodollars.)
En Europe, la situation n’est guère plus brillante. La BCE et la Banque d’Angleterre injectent 37 milliards d’euros de plus dans les circuits financiers. Les titres bancaires chutent. L’action HBOS – Halifax Bank of Scotland perd près de 30 % en quelques heures.
A part ça, tout va très bien…

16 septembre 2008 : sauvetage d’AIG grâce à 85 milliards de dollars de fonds publics (les 75 demandés + un petit pourboire) en échange d’une participation de l’Etat (nationalisation partielle). Oncle Sam en profite pour donner 50 milliards de plus aux autres responsables de la crise financière. L’Europe lui emboîte le pas et distribue de son côté le double de ce qu’elle avait distribué la veille.

17 septembre 2008 : HBOS, au bord de la faillite, est racheté par son concurrent Lloyds TSB. Les banques centrales continuent de déverser des dizaines et des dizaines de milliards sur les marchés financiers – plus personne ne compte. La banque allemande KfW (établissement public) effectue « par erreur » (et à fonds perdus) un virement de 300 millions de dollars en faveur de Lehman Brothers, en liquidation depuis deux jours (certaines sources parlent même de 530 millions).

18 septembre 2008 : la banque britannique Barclays rachète une partie des dépouilles de Lehman. Nul ne sait au juste ce qui a été manigancé dans la coulisse (c’est le cas de le dire), mais il y a fort à parier que cette faillite arrangée ne sera pas une tragédie pour tout le monde.
Un certain Olivier Pastré, professeur d’économie et banquier, rassure ici ceux d’entre eux (les cons d’épargnants) qui n’ont pas encore subi le sort des clients de Lehman. Ils ne risquent rien, dit-il, « car les banques de détail ne vont pas faire faillite ». Qu’est-ce qu’il en sait ?… Pastré prétend que, contrairement à ce que disent « les dépressifs », « la crise actuelle n’a rien à voir avec 1929 » et que « les bêtises faites alors par les banques centrales ne sont plus faites aujourd’hui ». En 1929, on était dès le départ résolument déflationniste, alors qu’en 2008, on inonde les marchés de centaines de milliards de liquidités. Et alors ?…
C’est un peu comme si un « expert » avait dit en 1939 : « La situation actuelle n’est pas du tout comparable à celle de 1914 ; personne ne commettra plus la bêtise de se lancer dans une guerre de tranchées. En 14, les fantassins devaient se déplacer à pied ; un quart de siècle plus tard, on est mobile et motorisé… » (Argument imparable qui aurait certainement rassuré les futurs 60 millions de morts de la Deuxième Guerre mondiale.)
Le problème, bien sûr, ce n’est pas que telle ou telle « bêtise » soit reproduite à l’identique, mais que l’on retrouve, dans le monde actuel de la finance, le même état d’esprit qu’en 1929 – en bien pire encore. Une bulle est une bulle, et au-delà d’une certaine taille, rien ne peut l’empêcher d’éclater. En démantelant tous les garde-fous mis en place sous Roosevelt, on a rendu possible – et probable – un nouveau 1929. Après la grande catastrophe, tous les Pastré du monde viendront nous raconter qu’on ne pouvait pas prévoir. (Les plus gonflés d’entre eux prétendront qu’ils nous avaient prévenus.)
* Olivier Pastré est président de l’IM Bank de Tunis, après avoir été administrateur de diverses banques et fonds d’investissement du Maghreb.
Aux Etats-Unis, la banque d’investissement Morgan Stanley, assez durement frappée par la crise, négocie paraît-il avec Wachovia en vue d’une éventuelle fusion : avec deux jambes de bois, on court plus vite.

19 septembre 2008 : les autorités américaines annoncent la création d’un fonds spécial chargé de délester les banques de leurs créances les plus dépréciées*. L’opération coûtera plusieurs centaines de milliards de dollars qui, espère-t-on, seront remboursés un jour. Avec mille fois plus de dérivés en circulation (500.000 milliards de dollars en 2007 et sans doute 700.000 aujourd’hui), on peut légitimement douter qu’un tel fonds soit suffisant et que les banques soient en mesure de rembourser un jour.
Les innombrables milliards déjà jetés dans le gouffre de la finance depuis un an sont également remboursables – mais pas nécessairement remboursés. En fin de compte, c’est le contribuable qui paie. Et chaque dollar public versé pour « aider les banques » alimente directement ou indirectement la spéculation.
Spéculation que personne ne songe à supprimer – on ne va quand même pas imposer le communisme à Wall Street… Bien sûr, il y aura peut-être un ou deux embellissements superficiels. A New York et à Londres, on parle de suspendre pour trois mois les ventes de titres à découvert. Mais qui empêchera les spéculateurs de passer par une autre place ?… Il est clair que cette mesure a principalement pour but d’éviter un effondrement boursier des valeurs bancaires, déjà bien secouées au cours des quatre derniers jours ; elle ne résout en rien le véritable problème.
* On avait procédé de même dans les années 1980 pour endiguer la crise des caisses d’épargne (savings and loan crisis). Mais la comparaison s’arrête là, car le sauvetage n’avait coûté alors que 125 milliards de dollars au total.

22 septembre 2008 : le fonds de sauvetage du gouvernement américain sera doté de 700 milliards de dollars (l’équivalent des dépenses militaires ou du déficit budgétaire d’une année normale). Avant d’actionner la « planche à billets », Washington demande à ses fidèles alliés de l’aider un peu à rassembler cette somme. Les Européens, pourtant habitués à payer les pots cassés des Américains, refusent poliment.
Les banques centrales, en Europe, au Japon, aux USA, continuent d’injecter de l’argent frais par tranches de 50 ou 100 milliards, sur des marchés « en manque de liquidités ». C’est un véritable coup de fouet pour la spéculation : les cours de l’or et du pétrole se remettent à grimper (jusqu’à 900 et 130 $ respectivement). Bien entendu, le problème actuel ne résulte pas d’un manque de liquidités mais d’un manque général de confiance entre banques.
Nouvelle mesure purement cosmétique aux Etats-Unis : on supprime le statut particulier des banques d’investissement, qui n’existait plus que sur le papier. En principe, toutes les banques seront désormais soumises aux mêmes contrôles – ce qui ne change pas grand-chose, puisque les contrôles sont purement virtuels dès qu’il y va de l’essentiel.
A New York, juste après avoir rencontré Tim Geithner, patron de la branche locale de la Federal Reserve Bank, Nicolas Sarkozy demande « que les responsables du désastre soient sanctionnés ». Chiche ! Au lieu de faire la guerre en Afghanistan, qu’il donne l’ordre de bombarder Wall Street et la Fed…

25 septembre 2008 : après que de nombreux clients aient vidé leurs comptes, la Washington Mutual est en état de cessation de paiements : c’est la plus grande faillite d’une banque de dépôts dans l’histoire des Etats-Unis. Les autorités placent la WaMu sous séquestre et revendent une partie de ses activités à JPMorgan Chase pour 1,9 milliards de dollars, sans qu’il en coûte un cent à la FDIC. Le reste restera probablement à la charge du contribuable.
La mise en place du fonds de sauvetage est accompagnée de vives discussions. Certains députés, pour ne pas compromettre leur réélection en novembre (malgré la généralisation de la fraude électronique), proposent que le Trésor public n’agisse pas sans contrepartie. En échange de la reprise des créances douteuses, l’Etat deviendrait actionnaire des banques « sauvées ». Le versement d’indemnités de départ astronomiques (parachutes dorés) aux banquiers banqueroutiers serait exclu. Et surtout, il y aurait des dispositions financières et administratives en faveur des Américains modestes directement menacés par la crise hypothécaire et la perte de leur maison.
Bien entendu, Ben Bernanke (chef de la Fed) et son compère Henry Paulson (ministre des Finances, chef du Trésor, ancien PDG de Goldman Sachs) s’opposent formellement à ces mesures abominablement « socialistes ». Ce qu’ils veulent, c’est un chèque en blanc pour les « responsables » et l’assurance que tout pourra continuer comme avant.

29 septembre 2008 : la crise financière frappe l’Europe pour la première fois parait-il. La banque Fortis du Benelux est sauvée de la faillite grâce à une prise de participation des trois gouvernements (dont les contribuables francais sont caution) de 11 milliards d’euros. Bradford & Bingley, banque hypothécaire britannique en difficulté (50 milliards d’euros de créances à risques), est elle aussi partiellement nationalisée. La banque allemande Hypo Real Estate, menacée de liquidation, obtient in extremis une aide de 35 milliards d’euros, dont 27 accordés par l’Etat et 8 par un consortium de banques privées. En Islande, l’Etat doit reprendre 75 % du capital de la banque Gitnir pour lui éviter l’effondrement… Prochains candidats au plongeon : la banque franco-belge Dexia et la Roskilde Bank du Danemark.
Aux Etats-Unis, Wachovia a trouvé un « sauveteur » (plus solide, paraît-il, que Morgan Stanley) : il s’agit de Citigroup. Le plus curieux est que le groupe en question était à la recherche de liquidités il y a à peine six mois, et que pour s’en procurer, il a dû se séparer de plusieurs de ses filiales. Et voilà qu’il a de l’argent plein les poches et peut se permettre de racheter ses concurrents… Il y a certainement une large part d’intox dans toutes ces « informations » financières. Bien malin qui pourrait dire ce qui nous attend demain.
Selon le Financial Times Deutschland, le volume total des dérivés de crédit CDS (voir plus haut) diminue depuis quelque temps. On en serait maintenant à 55 billions de dollars, une somme encore supérieure au PIB mondial (54 billions). Au passage, on apprend que la banque Lehman Brothers, en liquidation depuis le 15 septembre, était elle aussi « vendeuse de protection » CDS. Sa disparition a fait automatiquement baisser l’encours global.
Si l’on en croit l’agence Bloomberg, le syndic de faillite de Lehman vient de constater la perte mystérieuse de 400 milliards de dollars durant les mois précédant le dépôt de bilan – perte due, paraît-il, aux fluctuations du marché. On ne serait pas étonné d’apprendre que cette somme n’est pas perdue pour tout le monde, même s’il est peu probable qu’on connaisse jamais les dessous de l’affaire. En tout cas, on commence à comprendre pourquoi Lehman n’a pas été « sauvé » comme les autres.
Là aussi, on voit ce que valent les annonces officielles : le 14 juin 2008, quand Lehman faisait état de 3 milliards de perte, la réalité était déjà cent fois pire. On se demande combien d’autres mensonges vont éclater au grand jour dans les semaines et les mois à venir.
Pour terminer cette belle journée du 29, le Congrès américain rejette le plan de sauvetage légèrement amendé par les soins de Bernanke-Paulson. Certains opposants, surtout républicains, estiment que le projet est trop dirigiste. D’autres, surtout démocrates, pensent que le projet ne va pas assez loin. Quelques « contestataires de gauche » vont même jusqu’à exiger une limitation générale des salaires versés aux dirigeants de banques bénéficiant de l’aide gouvernementale. Les escrocs de Wall Street et leurs complices de Washington protestent, affirmant qu’une telle mesure « affecterait la compétitivité » (sic).
La discussion reprendra prochainement, mais pas demain. Le Congrès ne siègera pas le 30 septembre (jour férié juif).

3 octobre 2008 : Le Congrès américain vote le plan de sauvetage après avoir été soumis à de très fortes pressions : menace de décréter la loi martiale en cas de second refus, achat de voix par Goldman Sachs, etc. Entre-temps, il n’est plus question de 700 milliards mais de 850, car le paquet contient maintenant, à la demande de certains députés, de nombreux cadeaux fiscaux en faveur de groupes « menacés par la crise » – comme par exemple l’industrie du cinéma et de la télévision, le sport automobile et les propriétaires de circuits, les énergies renouvelables, et même la recherche scientifique visant à améliorer la qualité de la laine (!) Les membres du Congrès ont profité de l’occasion pour faire passer d’un seul coup tous les projets d’aide fiscale qu’ils avaient dans leurs cartons. Pour les lobbyistes, la date du 3 octobre est à marquer d’une pierre blanche.
Au cours de la dernière semaine de septembre, les banques américaines ont emprunté en moyenne, chaque jour, 368 milliards de dollars à la Fed. La semaine d’avant, la moyenne journalière était encore de « seulement » 188 milliards. Bien sûr, il ne s’agit que de sommes prêtées, mais il est clair que les banques ne se contentent plus d’emprunter de nouveau ce qu’elles remboursent à la banque centrale ; elles empruntent chaque fois davantage. Tant que la Fed le permet, les banquiers n’ont aucune raison de se gêner. Le marché monétaire entre banques est pratiquement gelé ; le seul moyen de satisfaire ses besoins de trésorerie est de passer par la Fed. (La situation n’est pas tellement différente en Europe.)
Tout cela n’empêche pas Wells Fargo de se porter acquéreur de Wachovia, entrant ainsi en concurrence directe avec le Citigroup.

5 octobre 2008 : Echec du plan de sauvetage de la banque Hypo Real Estate (HRE) de Munich. Il s’avère que le trou n’est pas de 35 mais de 150 milliards d’euros. Les banques privées refusent de s’engager (pour 8 milliards) comme elles l’avaient promis le 29 septembre. L’Etat va donc devoir tout prendre à sa charge, s’il veut éviter la plus grande faillite allemande de tous les temps. Dans un premier temps, le gouvernement accorde 50 milliards, ce qui devrait suffire jusqu’à la fin de l’année (ou jusqu’à la fin de la semaine). Parallèlement, le PDG de HRE (salaire annuel : 1,9 million d’euros) est « sanctionné » (comme dirait Sarkozy). Il doit démissionner et se contenter d’une pension de retraite correspondant à 70 % de son salaire (plus une indemnité de départ de l’ordre de 10 millions).
Comme pour HRE, le premier « sauvetage » de Fortis (décidé également le 29 septembre) s’avère inefficace, de sorte que le gouvernement des Pays-Bas nationalise en totalité le réseau hollandais de la banque, tandis que BNP Paribas reprend la partie non-étatisée de Fortis-Belgique et Fortis-Luxembourg.

6 octobre 2008 : Les dirigeants des pays européens assurent les uns après les autres qu’ils ont l’intention de « protéger l’épargne ». Comme des dispositions concrètes existent déjà un peu partout, ces promesses n’apportent pas grand-chose de nouveau ; elles sont vagues et n’engagent à rien… En Islande, le gouvernement décrète l’état d’urgence financier et prend le contrôle du système bancaire. La couronne islandaise perd 30 %.

7 octobre 2008 : Le gouvernement de Londres débloque 250 milliards de livres (320 milliards d’euros) en faveur des banques. 200 milliards seront « prêtés » pour trois mois ; 50 milliards serviront à recapitaliser les principaux établissements financiers, dont Barclays, Royal Bank of Scotland, HBOS, HSBC et Lloyds TSB. Aux USA, en Espagne, au Japon, les banques centrales continuent d’injecter les milliards sans compter. Comme dit un courtier de Tokyo, la transfusion sanguine se poursuit tandis que l’hémorragie continue de plus belle.

8 octobre 2008 : La Fed, la Bank of England, la BCE ainsi que les banques centrales suisse, suédoise et canadienne abaissent simultanément leurs taux directeurs de 0,5 point. Cette mesure censée ranimer la bourse en chute depuis trois semaines, reste sans effet – c’est le contraire qui aurait été étonnant. Autre signe que les marchés ne suivent pas la Fed : alors que le taux directeur de cette institution est maintenant de 1,5 %, le taux correspondant sur le marché monétaire « libre » (Libor – London interbank offered rate) est de 4,75 % pour les prêts en dollars à trois mois et même de 5,1 % pour les prêts « au jour le jour ».

9 octobre 2008 : Après avoir été « sauvée » le 30 septembre, Dexia est de nouveau en danger de mort. La France, la Belgique et le Luxembourg garantissent donc tous les emprunts qu’elle effectuera sur les marchés – sans aucun contrôle, cela va de soi. Le « programme antidrogue » mis en place par les gouvernements assure aux camés de la finance un approvisionnement illimité aux frais des contribuables.
Si l’on veut savoir à quoi servent les « sauvetages », il suffit de regarder du côté d’AIG : « Six jours après avoir été sauvés de la faillite par une injection de 85 milliards de dollars frais, une poignée de dirigeants de la société d’assurance ont fêté ça dans un hôtel de luxe pour la modique somme de 440.000 $. » Vive la crise ! (Le 9 octobre, AIG annonce qu’il lui manque encore 37,8 milliards de dollars.)

 

10 octobre 2008 : A Washington, Dominique Strauss-Kahn (patron du FMI) et Robert Zoellick (chef de la Banque mondiale) « déplorent » que la crise frappe aussi les pays pauvres (des pays que ces salauds ont pourtant eux-mêmes contribué à appauvrir et là je ne parle pas de la mort de dizaines de milliers d’enfants chaque jour, parce que c’est un sujet qui me rend trop dingue pour que je puisse écrire dessus).
En Amérique latine, les Etats anti-impérialistes (Cuba, Venezuela, Equateur, Bolivie) proposent de mettre en place un Fonds monétaire alternatif. Pour Hugo Chávez, il faut dissoudre le FMI et faire le procès des responsables, à commencer par Strauss-Kahn et Bush. « Le capitalisme prédateur devient de plus en plus insupportable pour les peuples du monde… La crise actuelle n’est pas seulement une crise financière, économique et alimentaire. Elle marque le commencement de la fin d’une époque dominée par un système pervers… »
En attendant, selon une étude menée par le World Economic Forum auprès de dirigeants d’affaires britanniques, le classement des pays par ordre de solvabilité ne correspond plus du tout à ce qu’il était il y a encore quelques mois. En tête, on trouve le Canada, la Suède, le Luxembourg et l’Australie. La France est 19ème, l’Allemagne 39ème (derrière le Botswana), les USA 40ème, le Royaume-Uni 44ème. C’est un classement sans doute très subjectif, mais au moins aussi valable que celui des agences de notation à la solde des fauteurs de crise.
« Le capitalisme est un système fait pour enrichir les riches en appauvrissant les pauvres. Pendant la ‘crise’ cet enrichissement des plus riches au détriment de moins riches qu’eux se fait d’un seul coup. La crise, par conséquent, ce n’est pas quand le capitalisme fonctionne mal, c’est au contraire quand il fonctionne au mieux. » : La crise, c’est l’orgasme du capitalisme !

 

 

 

 

 

 

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Responses

  1. L’effondrement actuel des marchés financiers

    Voila encore « une crise » qui régale les journalistes.

    La bulle des marchés financiers (Les marchés boursier) a pour vocation de gonfler et d’éclater périodiquement. C’est le principe de la spéculation.

    Cette bulle des marchés financiers (Des chiffres en encre noire sur du papier ordinaire) évolue en dehors de l’économie active. C’est la raison pour laquelle, l’éclatement de cette bulle est sans conséquence sur l’économie active.

    L’important de tout cela, c’est de générer cette psychose qui incite le médiatisé infantilisé à s’en remettre à papa Etat et à maman Société.
    Au travail et à vos carnets de chèques ! Dans deux semaines, on sera passé à une autre psychose.

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